Salut à toutes et à tous,
Six épisodes durant, nous avons suivi le fil :
Reste la question que ces articles posent à chaque fois : et nous, dans tout ça ?
Pas d'injonction, comme toujours. Je me permets deux invitations tout de même :
Le premier : entrez votre adresse (ou celle de vos proches) sur Géorisques, et vous saurez en deux minutes si le terrain est soumis aux obligations de débroussaillement.
Si oui, le bon moment n'est pas l'été (débroussailler en juillet allume des feux, un homme en est mort cette année, le mégafeu en serait issu) mais l'automne. L'écologue Philippe Grandcolas le formule joliment : comme on regarde avant de traverser même quand la rue est silencieuse, “quand on vit dans une zone où il y a un risque de feu, on débroussaille et on doit en être heureux, quelque part”.Le second, si vous vivez dans une zone sujette aux feux de forêt : demandez à votre mairie où en est le plan de massif. Le simple fait que la question soit posée, souvent, la fait exister.
Une bascule, ensuite, que le climatologue Christophe Cassou a dite sur France Culture mieux que personne :
2003 nous avait appris que la chaleur tue, et nous avons su y répondre par des plans qui sauvent des vies ; 2026 “questionne l'habitabilité des territoires, […] notre capacité à vivre dans des environnements, dans des territoires qui sont sûrs pour soi, pour sa famille, dans un tissu social, un tissu économique, un tissu culturel qui est possible et qui est prospère”.
Si ce blog s'appelle Zone Habitable, c'est très exactement pour cette question-là.
Entre eux, les climatologues se parlent : “tout le monde est dépité, tout le monde est écœuré, tout le monde est inquiet” mais déterminé, “parce qu'en fait on n'a pas le choix”.
Et ce que la parole seule ne créera pas, Cassou le nomme : “un nouveau souffle démocratique”, un “projet de vivre ensemble”.
Et une question, que pose le géographe Arthur Guérin-Turcq et que je vous laisse : les 220 000 évacués du Bordelais “ont-ils conscience d'être des déplacés climatiques” ?
Ces moments de crise peuvent faire commun et repolitiser ; souvent, hélas, la désinformation, l'oubli et le déni succèdent à l'effroi.
Ce choix-là nous appartient aussi.
Nos pompiers ont tenu.
Nos scientifiques ont livré les chiffres, les cartes, les attributions, parfois dans la semaine.
Les Français, dans leur grande majorité, restent favorables à des actions fortes contre le changement climatique et attendent de l'État qu'il accélère, mesure l'ADEME année après année.
Il ne manque qu'une chose, et elle ne coûte rien : une parole qui nomme, et le projet commun qu'elle ouvrirait.
Cassou, encore lui, le raconte mieux que je ne saurais le faire :
il s'agit de “faire l'inventaire de ce que l'on veut garder et ce à quoi on peut ou doit renoncer, non pas dans la privation mais au final pour plus de sécurité, prospérité, solidarité, dignité, justice et bien-être pour toutes et tous.
Un monde habitable est possible !”
Alors rendons notre zone habitable.
Matthieu
