Kessel

Notre maison brûle 4/7 - Équiper le pays

Un mégafeu installé ne s’arrête pas : tout se joue avant. Retenir l’eau, débroussailler vraiment, prêter des pompiers entre départements sans leur faire poser des congés, oser le débat de doctrine, négocier un plan de massif. Épisode 4 : équiper le pays, à froid, avant la prochaine alerte.

Zone Habitable
8 min ⋅ 12/08/2026

Salut à toutes et à tous,

Les trois premiers épisodes ont posé le décor : un récit officiel qui regarde le briquet, un cadrage vieux de 170 ans, et derrière, des moyens qui divergent des objectifs affichés.

Restait la question utile : que faudrait-il faire ?
La réponse existe, documentée, chiffrée, publique.
Il ne manque, on va le voir, ni les connaissances ni même l'argent, mais l'ordre des priorités.

Le climatologue Christophe Cassou propose le mot juste : nous ne sommes ni en “stress”, ni en “crise”, mais en “faillite pyrique” : des dommages accumulés, des limites dépassées, une capacité à se rétablir sapée.

Et on ne gère pas une faillite comme une crise, en annonçant une “filière de lutte” fondée sur l'innovation : comment imaginer contrôler ces mégafeux, demande-t-il, “même avec 10 Canadair en plus, avec des dizaines de drones”, sans s'attaquer à ce qui les nourrit ?

“Quand les températures sont supérieures à 40 degrés, qu'il n'a pas plu depuis des mois et que le vent se lève, on ne peut pas lutter.”

Les Canadair comptent surtout avant : c'est au feu naissant qu'ils tuent le mégafeu.
Équiper le pays, c'est agir de manière cohérente à toutes les échelles (ce que j'appelais Climat Fractal) sur trois volets : l'eau et le territoire, la forêt, les pompiers.

Vous voulez la version courte ?
La voici.


⏱️ L'essentiel en 30 secondes

  • 💧 Côté eau et territoire
    Cesser d'aggraver la sécheresse : protéger nappes et zones humides (les deux tiers ont disparu depuis 1900), replanter des haies, et faire appliquer le débroussaillement : moins de 30% des obligations légales sont respectées.

  • 🌲 Côté forêt
    La mosaïque plutôt que la monoculture, des replantations échelonnées, des rotations plus longues, et parfois, laisser faire : à La Teste-de-Buch, la régénération naturelle a réussi là où on ne l'attendait pas.

  • 🚒 Côté pompiers
    La doctrine française d'attaque des feux naissants est saluée dans le monde entier, mais elle suppose des avions disponibles et des bras : un pompier professionnel de l'Isère qui veut aider la Gironde doit poser des congés. Réparer cette règle ne coûte presque rien.

  • 🗺️ La méthode
    Un “plan de massif” négocié (État, sylviculteurs, habitants), comme après 1949. Le Portugal s'y est résolu après ses 100 morts de 2017.

  • ❓ La question qui reste
    Les premières heures de Saumos : pas d’ordre donné par le préfet, pas de guet aérien armé un jour de risque maximal, un contre-feu autorisé à minuit passé. Ces éléments relèvent-ils de la fatalité, ou d'une organisation qu'on peut changer ?

Ce qui suit détaille chacun de ces points.


1. Côté eau et territoire : cesser d'aggraver la sécheresse

Avant d'inventer quoi que ce soit : appliquer ce qui existe.

“Le feu naît là où l'eau se retire”

C’est ainsi que le résume Emma Haziza.

Près des deux tiers des zones humides françaises ont disparu depuis 1900 (et jusqu'à 90% des mares), et sous la plus grande forêt incendiée de France, la nappe de l'Éocène, censée être protégée par des centaines de mètres d'argiles, est surexploitée de manière chronique.

Protéger les nappes et les zones humides (“elles seront nos meilleurs remparts”), replanter des haies, repenser le drainage hérité du remembrement.

“Si le feu gagne aujourd'hui, écrit l'hydrologue, c'est que nous lui avons laissé cette place en laissant partir notre eau.”

C'est ensuite faire appliquer ce qui existe :

Le mode d'emploi venait de la droite sénatoriale ; il n'a pas été appliqué.
Pourquoi ?

  • Méconnaissance : on confond débroussailler et déboiser.

  • Complexité juridique : nettoyer dans un rayon de 50 mètres implique souvent de couper chez un voisin absent, récalcitrant, ne sachant tout simplement pas.

  • Coût : 1 000 à 3 000€ pour un terrain dense, sans aide de l'État.

  • Et des maires seuls face au contrôle de centaines de parcelles privées : pas de préfet pour appliquer la politique de l’État qui viserait à protéger les populations.

La zone prioritaire représente 2 à 3% de la surface forestière : on n'y rase rien, on élague et on nettoie le sous-bois pour empêcher le feu de monter aux cimes. Un terrain débroussaillé subit environ un tiers de dégâts en moins.

  • La sanction, elle, reste douce : dès 2022, le Sénat jugeait la peine peu dissuasive (une contravention de quatrième classe) et recommandait de la durcir, et de rendre obligatoire une franchise d'assurance en cas d'obligations non respectées.

  • Le contrôle de terrain progresse, l'effort a doublé en deux ans : 2 358 patrouilles de l'ONF à l'été 2024, 10 337 contrôles, détaille l'office devant le Sénat. Plus de la moitié (5 758) ont relevé un manquement ; 1 085 ont fini en procédure pénale. Rapportés aux quelque 7 400 communes exposées, cela fait un peu plus d'un contrôle par commune et par an. Je vous laisse juger de l'effet dissuasif.
    Ces patrouilles reposent sur un office que chaque quinquennat a raboté. La pente est constante, quadripartisane, et Macron l'a suivie comme ses prédécesseurs. Sa singularité est ailleurs : le contrat État-ONF signé en 2021 programmait encore 475 suppressions, un an avant Landiras. Depuis, chaque automne rejoue la même scène : les suppressions sont inscrites au budget (95 par an encore en 2023, 2024 et 2025, 37 en 2026), puis parfois annulées si les protestations étaient assez fortes, confirmait la ministre en mai 2025. Le contrat, lui, n'a jamais été révisé. Le problème, c’est que ces annonces de menaces annuelles ont un effet sur ceux qui y travaillent. La Cour des comptes notait dès septembre 2024 que ces réductions “ont eu des conséquences importantes sur le maintien des compétences au sein de l'établissement”. On demande deux fois plus de patrouilles à un corps réduit de moitié en quarante ans.

  • L'urbanisme, lui, avance à peine : sur quelque 7 400 communes exposées au risque d'incendie, 211 seulement sont couvertes par un plan de prévention des risques d'incendie de forêt (un outil créé en 1995), et la Gironde, qui brûle, en compte 13, rappelle la géographe Christine Bouisset, qui a copiloté l'expertise scientifique collective du CNRS “Incendies et villes”, récemment publiée. La “zone de danger” inventée par la loi de 2023 pour maîtriser les constructions en zone exposée n'a, selon le rapport d'application, “pas trouvé d'application pleine et entière”.
    C’est pourtant bien là que se situe une clé de la protection des populations : commencer par ne pas les exposer aux risques.

Un procureur en première ligne le confirme depuis le terrain : pour Pierre Couttenier, procureur de Draguignan :

Les atteintes au droit de l'urbanisme sont “à la fois causes et facteurs aggravants de certains incendies”

La justice les combat “quand elle en a le temps et à l'aide d'un sabre de bois” :

  • des amendes qui excluent la garde à vue,

  • des condamnations “difficilement obtenues” et “rarement exécutées”.

La répression, dit-il, devrait servir à “faire respecter les obligations de débroussaillage” et les “autorisations d'urbanisme conditionnées à la présence de citernes d'eau”.

La règle qui sanctionne est douce, celle qui empêche de construire est rare : les interfaces entre les maisons et la forêt, là où le feu détruit, restent l'angle mort de l'aménagement.

Bouisset le décrit sous trois formes entre Bordeaux et le bassin :

  • Les lotissements enchevêtrés dans la forêt,

  • Les villas sous la pinède du Cap-Ferret,

  • et les maisons étirées le long des routes, comme à Saumos.

En 1982, après les crues d'Île-de-France, Haroun Tazieff, alors chargé de mission pour les risques naturels, réclamait déjà, au journal d'Antenne 2, un vaste plan de dix, quinze ou vingt ans et, “pour commencer”, l'application des règles : “des lois, elles en existent, mais elles ne sont pas appliquées”.

Quarante-quatre ans plus tard, Cassou n'exige pas d'autre texte :

“il y a simplement à appliquer les lois qui ont déjà été votées au Parlement”, et à ne pas détricoter des normes “non pas punitives mais protectrices”.

À travers le temps, une même consigne, toujours en attente d'exécution.


2. Côté forêt : la repenser, sans simplisme

Ni pin-roi ni feuillu-miracle : une mosaïque, échelonnée, moins dense - et parfois, ne pas replanter.

Sur les sols pauvres des Landes, seul le pin maritime offre aujourd'hui une valorisation économique, rappelle le forestier Hervé Le Bouler : l'enjeu n'est pas d'abattre le pin, mais d'organiser un “bocage forestier” où il coexiste avec des feuillus, et à une échelle qui compte - “on ne fait pas de l'aménagement du territoire sur 200 hectares”.

En 2022, la forêt exemplaire du sylviculteur Jacques Hazera a entièrement brûlé, prise dans un feu venu d'ailleurs.

Sans se raconter d'histoires sur le feuillu-miracle, non plus : le temps qu'il pousse, “on va déjà se taper 2, 3, 4 mégafeux”, avertit le géographe Arthur Guérin-Turcq, et dans un feu de cette intensité, le feuillu brûle comme le pin ; l'urgence, c'est l'eau et les coupures de combustible.

La palette est pourtant riche, et documentée, même sur France 2 : la forêt mosaïque (essences, âges et hauteurs variés, espaces ouverts) ralentit le feu là où la monoculture le porte de cime en cime, expliquaient au 20 heures la chercheuse Tatiana Giraud et l'expert de l'ONF Christophe Chantepy ; le débat organisé par Sud Ouest entre le syndicat des sylviculteurs et Canopée a même trouvé là un point de consensus.

S'y ajoutent la replantation échelonnée. “aujourd'hui, tout le monde replante en même temps”, regrette le chercheur Julien Ruffault (INRAE). Des densités moindres, des rotations plus longues.

Fragilité supplémentaire, les parasites : le nématode du pin, redouté des forestiers du monde entier, vient d'être détecté pour la première fois en France, à Seignosse, dans les Landes, note le Haut Conseil pour le climat.

La filière, elle, défend sa ligne, et l'écouter est nécessaire : pour Benoît Fraud, directeur général d'Alliance Forêts Bois, première coopérative forestière de France, le pin maritime “restera l'essence principale du massif, non pas par idéologie, mais parce qu'il est naturellement adapté aux sols sableux, acides et pauvres”, et des dizaines de milliers d'emplois en vivent (60 000 selon lui, plutôt 15 000 selon d'autres sources ; je n'ai pas trouvé de chiffre consolidé).

Ça tombe bien : personne ne propose de remplacer le pin par des chênes du jour au lendemain.
La discussion porte sur les lisières, les zones tampons, les mélanges, le rythme des coupes.

Et une option que le verbe “rebâtir” ignore par construction : laisser faire.

À La Teste-de-Buch, sur les parcelles domaniales brûlées en 2022, l'ONF a choisi la régénération naturelle : les graines ont germé dans les cendres, les pousses ont tenu face aux corneilles. Ou comme le dit Guérin-Turcq :

“Il faut aussi apprendre à ne pas replanter à certains endroits”

La recherche s'y employait : le dispositif ORPHEE, lancé en 2008 pour tester toutes les combinaisons de mélanges d'essences, a été détruit par le feu fin juillet, “une perte inestimable” de portée mondiale.

La forêt qui brûle a emporté jusqu'à l'expérience qui devait apprendre à la sauver.

La sauver de quoi ? De ce spectaculaire épisode de changement climatique provoqué par l’humain.La sauver de quoi ? De ce spectaculaire épisode de changement climatique provoqué par l’humain.


3. Côté pompiers : donner à la doctrine les moyens de ses ambitions

La meilleure doctrine du monde ne vole pas sans avions et ne tient pas sans bras.

La doctrine française repose sur l'attaque des feux naissants : détecter, frapper en moins de dix minutes, avant le premier hectare. Elle est saluée comme l'une des meilleures au monde, et les chiffres le confirment : de 44 000 hectares brûlés par an en moyenne dans les années 1980, la France est descendue à environ 12 000 dans les années 2010.

Mais elle suppose un guet aérien permanent et une flotte disponible - l'épisode précédent a montré ce qu'il en est. Elle suppose aussi des bras : sur les 250 000 pompiers de France, rappelle le chercheur François Gemenne, les 50 000 professionnels sont organisés par départements, et celui de l'Isère qui veut prêter main-forte à ses collègues de Gironde doit le faire “sur ses congés”.
“Une aberration administrative”, dit-il : l'assouplir ne coûte presque rien et peut se décider, littéralement, un lundi matin.

Et à mesure que les mégafeux mettent la seule lutte sous tension, l'équilibre entre suppression et prévention devient un vrai débat : le GIEC relève que le tout-suppression, en laissant s'accumuler le combustible, peut accroître le risque de feux extrêmes, et décrit les approches combinées qui font leurs preuves (brûlage dirigé, pâturage, forêts mixtes moins inflammables). Ce débat n'est pas porté devant l'opinion. Au Parlement, il n’aboutit pas. Et l’exécutif préfère l’extrême court-terme.

L'urbanisation ajoute sa contrainte : quand le bâti s'éparpille dans le massif, les secours se dispersent pour protéger maisons et campings.

“Les pompiers se trouvent dans une logique (…) défensive”, observe Christine Bouisset, “et qui n'est pas du coup une logique plus offensive, pour empêcher le feu d'avancer”.

Les premières heures de Saumos, reconstituées par Maryline Baumard pour Le Monde, montrent justement l'écart entre la doctrine et son exécution un jour de risque maximal :

  • Pas de guet aérien armé ce 22 juillet, dans un pays qui arrête pourtant 90% de ses feux avant un hectare ;

  • un Dash qui ne décolle qu'à 12h46 pour un feu parti à 12h02, un seul largage dans la première heure ;

  • des Canadair signalés à 16h41, quand 150 hectares ont déjà brûlé (900 à 22 heures, 1 400 à minuit) ;

  • des sylviculteurs de la DFCI, habilités aux contre-feux et connaissant “par cœur” leurs parcelles, éconduits à 17 heures par le commandement. Leur proposition - le contre-feu - sera tentée à 00h45, trop tard.

La loi de 2023 avait pourtant créé l'outil exact : son article 45 permet au préfet de dresser à l'avance la liste des personnes et organismes mobilisables en soutien de la lutte.

En avril 2025, le rapport d'application cité plus haut constatait que ce recensement n'avait “pas eu lieu”, un projet resté “au stade du vœu pieux”. L’exécutif avait refusé d’exécuter.

Le SDIS conteste la lecture que l’on peut en déduire : 14 groupes prépositionnés dans le massif, premiers pompiers au sol en seize minutes, appui aérien engagé dans l'heure.

Comme le raconte son directeur Marc Vermeulen :

“le combat était inégal” : “aujourd'hui, la forêt est une poudrière”.

Comment éteindre un mégafeu ? On ne le peut pas.Comment éteindre un mégafeu ? On ne le peut pas.

Le même directeur promet un retour d'expérience “sans rien mettre sous le tapis” ; près de 1 000 habitants, entre sirènes muettes et alertes reçues deux jours après l'évacuation, préparent une plainte collective pour être sûrs de le lire.

Ce genre d'alerte, on est supposés les recevoir en quelques minutes, et non pas en 48h. Catastrophe après catastrophe, le constat reste pourtant le même. Alerter à temps est une étape cruciale de la mise en sûreté des personnes.Ce genre d'alerte, on est supposés les recevoir en quelques minutes, et non pas en 48h. Catastrophe après catastrophe, le constat reste pourtant le même. Alerter à temps est une étape cruciale de la mise en sûreté des personnes.

Il n'y a pas là de quoi accabler des équipes qui ont tout donné, deux des leurs venaient de mourir.
Il y a de quoi interroger une organisation.


4. La méthode : un plan de massif

Une approbation n'est pas une politique : il y manque un budget, un calendrier, une table de négociation.

En 1949, au micro de la radio d'État, Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux :

“Ce que je voudrais, c'est que les pouvoirs publics tirent les conséquences pour que, dans l'avenir, de semblables catastrophes ne se reproduisent pas.”

La DFCI née de ce drame a fait ses preuves pendant des décennies. Sans changer.

“des équipements qui étaient calibrés par rapport à ce qui était le feu dans les années 1940 ne sont plus aujourd'hui adaptés”

C’est ce qui dit constate Bouisset, face au régime de feu qui s'installe.

Le géographe Guérin-Turcq propose la méthode, et elle a un précédent : un “plan de massif”, comme l'État avait su le faire après 1949 : autour de la table, sylviculteurs, habitants, État, pour décider où passent les coupures de combustible, quelles zones tampons entourent les villages (agriculture, pastoralisme), et comment indemniser les propriétaires : renoncer à replanter derrière un lotissement est une perte, et l'entretien d'un pare-feu est d'intérêt public.

Sur le terrain, le président de la DFCI Aquitaine (le même Bruno Lafon qui interpellait le Président à Biganos) dit exactement cela :

“se mettre autour d'une table et faire partager le risque collectivement”, des échanges de parcelles, des compensations, des carrés d'environ 3 000 hectares ceinturés de coupe-feu d'au moins 100 mètres ; “ça va coûter cher, mais si on ne le fait pas, on va perdre la forêt”.

Il demande une administration “plus souple”, pas d'être “hors la loi”.

Son voisin de Sainte-Hélène, maire Horizons, prévient :

“en 2022, déjà, on en a eu à la pelle, des retex […]. Mais, au bout du compte, rien n'a vraiment changé. L'État a pris ses décisions sans nous.”

Le Président, lui, vient d'en promettre de nouveaux :

“on fera tous les retours d'expérience, et je m'en porte garant.”

Les rapporteurs de la loi de 2023 notent d'ailleurs qu'il n'existe qu'une seule délégation d'État à la protection de la forêt (la méditerranéenne, créée en 1987) et “on ne peut que regretter”, écrivent-ils, qu'aucune ne soit envisagée pour prendre en compte un mécanisme urbanisme, agriculture, climat qui conduit à des feux jusqu’à la Bretagne.

Le sylviculteur Michel Robert, dont les pare-feux exemplaires de 50 à 80 mètres ont été sautés aux trois quarts par le feu, rappelle la limite :

“sans pompiers, sans moyens pour combattre les flammes, cela ne sert à rien”

Il se bat, par ailleurs, contre un projet de pompage de 10 millions de mètres cubes sous Saumos et Le Temple pour alimenter la métropole bordelaise.

Sur les mêmes parcelles, l'eau qu'on veut pomper pour la ville est celle qui manque déjà à la forêt.

Le Président a approuvé les pare-feux à Biganos ; la différence entre une approbation et une politique tient en trois mots : table de négociation, décision, calendrier.
C'est tout l'écart entre “rebâtir” et planifier.

Le feu parti de Saumos n'a rencontré aucune coupure avant Le Porge ; à Lacanau, une tranchée creusée en urgence, en plein incendie, a protégé le village - preuve qu'on peut agir vite, et qu'il vaudrait mieux le faire à froid, dès cet automne.

Le Portugal s'y est résolu après le drame de 2017, plus de 100 morts dans les plantations d'eucalyptus : “ça serait bien qu'on n'arrive pas à ce drame-là” pour agir, dit le géographe.

D'autant que le feu, ici, ne meurt pas quand on l'éteint : la tourbe du massif peut couver et ressurgir des semaines plus tard : Landiras 2, en août 2022, avait été plus puissant que Landiras 1.

Landiras, 2022Landiras, 2022

Tout cela est documenté, chiffré, public.

Et rappelons ce qui précède le tout : la prévention ultime, c'est de réduire vite et fort les émissions qui chauffent l'air. Le climatologue Christophe Cassou le résume ainsi :

“chaque tonne de CO2 évitée est une canicule en moins”

Sans quoi coupures, zones humides et Canadair ne feront que courir derrière des feux toujours plus violents.

Il ne manque que le discours qui porte l'ensemble, et qui aligne les moyens sur ce qu'il décrit

Mais avant de l'écrire, un détour s'impose par le sort réservé à ceux qui le tiennent déjà. Qui a le droit d’informer et qui est disqualifié pour l'avoir fait ? C'est l'épisode 5.

À très vite,
Matthieu

Zone Habitable

Par Matthieu de Cremoux

J'analyse les systèmes qui nous soutiennent.

Citoyen engagé et libre de tout parti politique, j'écris pour décrypter les conditions d'habitabilité du monde : climat, tech et démocratie.

Une approche pour tenter, ensemble, de "partager le réel".

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