Le 13 janvier, à la Maison de la Chimie, les droites françaises ont tenté de prouver qu'elles prenaient l'écologie au sérieux. Derrière les discours, une stratégie politique se dessine - et ses angles morts.
Salut à toutes, et à tous,
Le 13 janvier dernier, je me suis retrouvé - je ne sais toujours pas exactement pourquoi - dans les salons de la Maison de la Chimie, invité par Ferréol Delmas à assister à un colloque intitulé “Municipales 2026 : Quelle écologie locale ?” mais qui aurait pu s’appeler “les droites et l'écologie” pour mieux se décrire. L'idée : démontrer que l'écologie n'est pas un monopole de la gauche, que les droites ont des choses à dire, et qu'elles comptent bien le prouver.
J'y suis allé. J'ai pris des notes. J'ai participé au cocktail. Et j'en suis ressorti avec un mélange de perplexité, d'agacement, et — je dois l'admettre — d'un certain espoir, ténu mais réel.
Cette newsletter est une tentative de comprendre ce qui s'est joué ce soir-là, au-delà des postures. Ce que les droites veulent faire de l'écologie. Ce que ça révèle de leur vision du monde. Et ce que la gauche devrait en tirer.
Prenez une boisson chaude, on plonge dans le monde écolo de Balkany.
L'événement : un colloque réunissant des figures de la droite (Barnier, un conseiller d’Édouard Philippe, une sénatrice, le désormais bien connu député Vermorel-Marques…) pour parler écologie. Message central : “Nous aussi, on s'y intéresse.”
Ce qui est positif : la prise de parole existe, le sujet (pourrait essaie de) faire son entrée dans l'agenda 2027, l'argument économique et souverainiste peut toucher des électeurs que la gauche ne convainc pas.
Ce qui pose problème : zéro idée nouvelle, beaucoup de colère contre la gauche, un retard conceptuel de 20-30 ans (focus sur l'atténuation, quasi-rien sur l'adaptation), une agriculture épargnée de toute volonté réformatrice, et une incohérence majeure entre discours anticonsumériste d’un côté et rejet de la décroissance de l’autre.
La ligne de fracture qui vient : pour ou contre le changement de système ? La droite se positionne comme “les gens sérieux” face aux “idéalistes de gauche”. Risque réel de décrédibilisation de l'écologie politique.
Ce que la gauche pourrait faire : détacher son image du rôle moralisateur en incarnant les (co-)bénéfices concrets (au-delà de la seule santé), ne pas abandonner à la droite le terrain économique et souverainiste.
Le casting de la soirée donnait le ton. Michel Barnier en keynote d'ouverture. Antoine Vermorel-Marques (député), Clément Tonon (conseiller municipal d'Édouard Philippe), Florence Portelli (vice-présidente de la région Ile-de-France, maire de Taverny et vice présidente de LR) et tant d’autres politiques, mais aussi Sylvain Waserman, aujourd'hui à l'ADEME, un représentant du WWF et François Gemenne pour la synthèse.
Michel Barnier, le mardi 13 janvier 2026
L'objectif affiché était clair : montrer que la droite a des choses à dire sur l'écologie. Que ce n'est pas qu'un sujet de “verts” ou de “gauchistes”. Montrer que la droite peut être crédible, pragmatique, efficace sur le sujet de l’habitabilité du monde. Ou au moins exister sur ce sujet.
L'objectif affiché était intéressant, c’est ce qui m’y a fait venir. Et puis il y a ce qui s'est réellement dit. Et là, c'est plus compliqué. Le chemin à parcourir est encore long. Pour faire “prendre” ce sujet pour des (législatives ?) et présidentielles 2027, il était temps de se réunir.
Michel Barnier a ouvert le bal. Ancien commissaire européen, ancien ministre et premier ministre, figure tutélaire d'une droite qui se veut “responsable”, il était là pour donner le la.
Barnier a commencé par une formule qui a fait sourire dans la salle : il a parlé des “verts très foncés” pour désigner les écologistes français. Manière de se démarquer d'une écologie qu'il juge radicale, tout en signalant qu'il existe une écologie acceptable - la sienne, a priori.
Sur le changement climatique, il a tenu des propos qui m'ont laissé perplexe. Il a affirmé que
[le changement climatique] ne provoque pas seulement des canicules, mais aussi d'autres conséquences très graves, tels que les tsunamis
Soit il pensait aux submersions marines et il s’agit d’un lapsus voire de sénécence. Soit il confond changement climatique et tectonique des plaques. Dans les deux cas, c'est gênant pour ce jeune retraité de la Primature.
De manière intéressante, Michel Barnier a choisi de s’ancrer par son expérience (“de ministre de Pompidou”), mais n'a évoqué que des souvenirs antérieurs à 1995 sur le sujet du climat. Pas d’actualité depuis ?
Ça n’est pas sans rappeler un autre Premier Ministre d’Emmanuel Macron qui, lui, ignorait que les gaz à effet de serre traversaient les frontières. Gabriel Attal :
la diminution des émissions de CO2 en France permet de modérer le changement climatique en France
Jean-Marc Jancovici, juin 2024
Michel Barnier a ensuite invoqué son “expérience personnelle” pour attester de la réalité du changement climatique. Pas un mot sur la science, sur le GIEC, sur les données. Mais plutôt :
Je vois bien que c'est vrai.
Ce n’est pas faux, mais ça interroge dans un contexte de besoin de re-légitimer les sciences du climat.
Il faut une majorité absolue pour agir.
Autrement dit : tant qu'on n'a pas le pouvoir total, on ne peut rien faire. C'est le discours classique de l'inaction habillé en prudence démocratique.
Il a ensuite déroulé une série de “leviers” :
Appeler les droites à “prendre la parole” sur le sujet, à “s’engager”, même - de la posture, qui semble servir l’intérêt commun.
Écouter les opposants et les éco-anxieux - pour “gagner du temps”, car “il faut changer les habitudes”. Il faudrait donc prendre en compte les avis divergents d’entrée de jeu pour éviter la création de noeuds ensuite. Bref, de la démocratie. Youpi !
Donner des exemples de ce que fait bien la droite : l'aménagement durable de la ville de Jean-François Copé (on pourrait revenir sur ce point), et un téléphérique en Île-de-France. Les droites peuvent trouver des exemples plus inspirants, je pense.
Agir dans la durée, ensemble malgré les barrières - il a cité le Grenelle de l'environnement et son engagement sur les phytosanitaires. Sauf que demander des “solutions alternatives” aux pesticides, sans jamais remettre en cause le modèle agricole qui fait mourrir les agriculteurs et détruit les sols, c'est exactement le discours de l'inaction. On l'a vu dans les débats sur la loi Duplomb : quand les alternatives existent, elles sont balayées par les droites car elles nécessitent du changement.
“Mieux vaut préparer que réparer” - il a invoqué le fonds Barnier, donnant la parternité de l’idée à Haroun Tazieff. Encore un exemple, un peu défraichi. Un paradoxe pour un sujet devenu prédominant dans les opinions et dans la documentation des solutions.
Enfin, Barnier s'est lancé dans une charge contre le Green Deal européen. Selon lui, c'est de “l'inflation normative”, constituée de “propositions non réalisables” (sans donner d’exemple) qui créent “désespérance et blocage général”. La “surtransposition française” serait le mal absolu.
Il suffit d'écouter les agriculteurs. Ça bloque. Ça met dans la rue. On revient en arrière. C'est une double erreur : l'idéologie au départ, le contrecoup ensuite.
Le discours de Barnier, c'est l'archétype de l'écologie de posture. On reconnaît le problème (parce qu'on ne peut plus faire autrement, le climato-dénialisme est devenu marginal), on déplore les excès des autres (les verts, l'Europe, les normes), et on ne propose rien ou presque. Toute proposition vise au statu quo. C'est un discours d'attente, de temporisation, de gestion du mécontentement.
L'erreur factuelle sur les tsunamis est révélatrice. Soit d'une méconnaissance réelle du sujet, soit une déficience. Dans les deux cas, ça pose question sur le sérieux de l'engagement.
La critique du Green Deal, elle, est plus intéressante politiquement. C'est le cœur du repositionnement de la droite : être “pour l'écologie”, mais “contre les contraintes”. C'est confortable, c'est vendeur, et c'est en fait contradictoire dès qu’on déroule les plans de mise en oeuvre.
Le pan positif est que si cette voie de '“l’écologie de droite” émerge, il y aurait alors un consensus transpartisant en faveur d’une politique de décarbonation qui “donne envie”. Cela pourrait créer un terreau fertile à la mise en oeuvre de transformations majeures.
Si j'ai retenu une intervention ce soir-là, c'est celle de Clément Tonon, conseiller municipal d'Édouard Philippe. Non pas parce qu'il assumait pleinement d’utiliser son temps de conseiller municipal au service de la campagne nationale d’Édouard Philippe (assumer des emplois fictifs n’est pas inédit à droite) mais surtout parce qu’elle était la synthèse d’une stratégie, et plus encore, mûrement réfléchie, peut être même pertinente. C'est probablement (entre autres choses) là-dessus que se dessine la campagne 2027 du maire du Havre.
Tonon a articulé le discours autour de trois thèmes qu'il attribue à Philippe :
Puissance
Sans l’illustrer, on pense aux questions de géopolitique, énergie et ressources.
Identité
Donnant en exemple l'écologie au service de la protection des paysages et du patrimoine. Il a cité la disparition des chênes en Dordogne comme exemple de ce que le changement climatique menace, affirmant que “sans les chênes, ce n’est plus la Dordogne” (à titre personnel, je trouve plus à la Dordogne que des chênes, il va bien falloir accepter la réalité du changement climatique, et on n’est pas obligé de renommer le département pour autant).
Protection
Qu’il choisit d’illustrer par l’adaptation au changement climatique et réindustrialisation.
Sur les solutions, il a insisté sur plusieurs points :
L'écologie doit cesser d'être perçue comme ennemie des grands projets. Au contraire, elle doit devenir un axe de développement : plan national de maillage des bornes électriques, grande politique du fret ferroviaire.
Décentraliser les politiques écologiques. L'État doit être garant des grands projets, mais les politiques locales (ZFE, DPE) doivent être décentralisées. Il a qualifié la ZFE de “super dispositif”.
Le SGPE (Secrétariat général à la planification écologique) a “renforcé la confusion” plutôt que de clarifier les choses. Selon lui, un ministère de l'Écologie clair serait préférable. Je ne partage pas ce point, la transformation systémique étant par essence trans-ministérielle, au regard de l’organisation actuellement sectorielle des ministères. Le travail de planification du SGPE a apporté une clarté aux secteurs, et sa tournée métropolitaine a permis de partager les inflexions que voulait impulser le gouvernement.
Cela ressemble à du Philippe pur jus. Pragmatique, technocratique, centré sur l'efficacité perçue plutôt que sur la transformation réelle, et peu importe, car l’enjeu est d’entrainer l’opinion derrière soi. Le triptyque “puissance, ddentité, protection” est calibré pour parler à un électorat de droite qui veut de l'écologie sans remise en cause du modèle. On chausse les gros sabots, et ça peut porter.
L'accent mis sur les grands projets est révélateur. L'écologie ne serait ici acceptable que si elle s'inscrit dans une logique de croissance, et d'infrastructures visibles, voire spectaculaires. Redonner de la fierté en jouant sur la nostalgie d’une époque fantasmée où l’on dessinait les projets à la règle sur une carte.
Les mots “sobriété”, “modération” ou “satiété” sont absents. Le mot “limites” aussi.
La critique du SGPE est intéressante. Elle révèle une tension au sein même de l'appareil d'État : qui pilote la transition ? Un secrétariat transversal ou un ministère sectoriel ? La réponse de Tonon (un ministère clair) est aussi une manière de dire : “on veut un interlocuteur identifié qu'on peut contrôler, qui ne prenne pas le pas sur le reste”.
Le qualificatif de “super dispositif” pour les ZFE est à noter. C'est une prise de position notable à droite, où les ZFE ont beaucoup été présentées comme une punition des classes populaires. Je ne comprends en revanche pas comment le DPE pourrait être un instrument municipal.
Cette table ronde réunissait Louis Dumoulin, Antoine Vermorel-Marques et Clément Tonon. Trois jeunes figures de la droite, censées incarner le renouvellement.
Vermorel-Marques a raconté une anecdote : il tenait une conférence à HEC juste avant de rejoindre cette salle, et “la moitié de l'amphi était LFI”. Son diagnostic : il faut réindustrialiser, sinon on ferme les industries nationales en ne s'intéressant qu'aux émissions internes sans regarder les importations. Il a pointé une incohérence : “on pénalise plus le producteur non conforme national que le producteur importé.”
C’est un peu trompeur, ça détourne l’attention des vrais sujets, mais ce n’est pas faux. Et on peut tirer des actions positives d’un tel constat.
Sur les “poches d'émissions”, il a listé : 1) les importations, 2) les transports, 3) le chauffage.
Là, j'ai tiqué. Il manque un secteur, et pas des moindres : l'agriculture. Dans une soirée où les agriculteurs ont été choyés, cajolés, présentés comme des victimes de la « surtransposition française”, omettre sciemment l'agriculture dans les principales sources d'émissions, c'est un choix politique. Et qui détonne par rapport à la comptabilité carbone généralement usitée.
Sources : SDES, 2023, dʼaprès Citepa ; AIE ; EDGAR-JRC ; FAO ; Douanes ; Eurostat ; Insee. Adapté par Carbone 4.
Sur les solutions, Vermorel-Marques a défendu l'idée que “la promesse environnementale doit être : agir plus pour dépenser moins”. On vend un RoI. Le RoI a été utilisé en filigrane par les intervenants non politiques cherchant à sensibiliser les personnes présentes dans la salle.
La voiture électrique ne marche pas, selon lui, non pas à cause d'un “techno-scepticisme” mais à cause du coût. “c'est notre responsabilité de la rendre compétitive.”
L'animateur a relancé : “agir sur le poids des voitures ? Interdire les SUV ?”
Réponse : “Bonus-malus […] avec le risque de réduire le bonus au fil du temps.”
Plus généralement, le mécanisme "de “bonus-malus” est revenu dans la bouche de nombreux orateurs et oratrices, peu importe le sujet.
Et cette phrase : “C'est pas un sujet de jets privés. Même si j'ai un avis qui détone dans ma famille politique.” Vermorel veut en finir avec les “symboles irritants” pour les Français et se concentrer sur les “grandes masses”. Autrement dit : arrêter de parler des jets privés et des SUV, et parler transports, chauffage, industrie. Le soft power et l’exemplarité sont des leviers clé de la transformation nécessaire. Il existe plusieurs moyens d’y parvenir. Il aurait été judicieux d’évoquer cet aspect-là à ce moment.
Il s’est enfin opposé au terme “sobriété”, y préférant la “modération”.
Florence Portelli, sénatrice LR, vice-présidente du de la région Île-de-France et maire de Taverny, a livré l'intervention la plus paradoxale de la soirée.
Elle a commencé par féliciter l’animateur de cette réunion : “je t'admire de réussir à fédérer autant de personnes politiques sur un sujet maltraité par l'écologie. Tu donnes envie de croire en la politique et au renouvellement.”
Puis elle a déroulé :
La société a porté un discours consumériste. L'échelon local, c'est la voie.
L'antagonisme agriculture-écologie est une erreur. L'écologie devrait être la beauté des paysages ruraux. Mais la gauche saccage les paysages.
Le mépris de classe : “l'écologie de gauche nie que des gens n'ont pas les moyens de changer leurs fenêtres et leur bagnole. Ce qui exclut la population laissée pour compte.”
Les symboles ridicules : “interdire les sapins de Noël et empêcher les enfants handicapés de rêver de voler. Ce n'est pas en détruisant systématiquement les traditions qu'on fait l'écologie.”
La droite doit balayer devant sa porte. “Nos positions sont parfois contradictoires. Il va falloir y réfléchir. Les programmes présidentiels n'offrent pas un nouveau contrat social.”
Puis elle est entrée dans un registre plus philosophique :
Le mythe de Prométhée : “le progrès nous fait croire supérieurs à la nature. Ne pas manquer d'humilité face à la beauté qui transcende.”
L'individualisme : “quête frénétique d'argent, d'accumulation matérialiste. On peut le dire à droite. Liberté, oui. Égalité, bon. Fraternité : les inégalités planétaires, liées aussi au dérèglement climatique, on en fait quoi ? Et d'ailleurs, elles génèrent l'immigration, sujet qui nous est cher.”
Ses propositions concrètes :
Partir du terrain. Écologie incitative mais pas technocratique. “On meurt des normes.”
Bonus-malus pour susciter le consentement.
Une politique nationale des transports. “Depuis quand n'a-t-on pas parlé transports aux présidentielles ? C'est à cause des journalistes.”
La malbouffe : “ça attaque la gastronomie, patrimoine culturel. C'est du sacré. Nos mômes rechignent à manger fruits et légumes de saison.” Elle a cité en exemple dans sa ville, pour faire manger local : le miel des ruches municipales pour les cantines. (J’espère que les cantines s’approvisionnent d’autre chose que de miel.)
La beauté : “offrir un cadre de vie qui soit beau. On ne saccage pas le beau. J'en veux aux verts (Duflot) qui ont défiguré des paysages pour construire des immeubles moches sous couvert d’éco-quartiers”. “Mon éco-quartier sera beau. Les 3/4 en France sont laids. Ce n'est pas comme ça que vous allez convertir à l'écologie positive. J'ai fait des mini-forêts urbaines à la japonaise.”
Cohérence : “offusquez-vous que la COP soit présidée par un pétrolier.”
L'ONF et la forêt de Montmorency : “la moitié de la forêt, un bon tiers, a été rasée. Maladie du châtaignier, de l'encre. Coupes rases faites dont arbres autres que châtaigniers. L'ONF gère, fait le diagnostic, et vend les arbres. Ce n'est pas acceptable sur le plan éthique”. Oui, c’était le moment complotiste et anti-agences gouvernementales.
L'autopartage : “la voiture coûte cher et pollue. On développe l'autopartage.”
Le progrès : “différence avec les verts : le progrès est indissociable de l'humain. La prévention dans la médecine, par exemple. Ce n'est pas que pollution. C'est le sport.”
Les énergies renouvelables : “oui bien sûr nucléaire, mais pas que. Le nucléaire a ses vulnérabilités (stress hydrique, carburant).”
Le spirituel : “j'ai apprécié l'encyclique du pape Laudato Si. Elle rappelle l'importance de la sobriété libre et consciente. On surconsomme parce qu'on est malheureux, et il y a un déficit sur l'enfance et l'éducation.”
Conclusion : “je veux une droite qui fasse quitter nos réflexes consuméristes.”
Voilà le paradoxe central de la soirée. Florence Portelli tient un discours anticonsumériste, invoque Laudato Si, parle de sobriété, critique l'accumulation matérialiste - et dans le même temps, la droite qu'elle représente vilipende les « décroissantistes » comme des illuminés hors-sol.
On ne peut pas avoir les deux. Soit on assume que le modèle de consommation actuel est un problème (et alors on rejoint, au moins partiellement, la critique décroissante), soit on défend la croissance verte et le techno-optimisme (et alors on arrête de citer ce texte d’un pape et de parler de sobriété).
Cette incohérence n'est pas un détail. C'est le cœur du problème. La droite veut le beurre écologique et l'argent du beurre productiviste. Elle veut critiquer la surconsommation sans toucher au système qui la produit. Elle veut la beauté des paysages sans questionner le modèle agricole qui les enlaidit et détruit.
Sur le fond, plusieurs éléments sont intéressants : la critique de la laideur des éco-quartiers (on ne construit pas les quartiers et immeubles pour être beaux ou agréables, hélas, peu importe le bord politique), l'importance du beau comme vecteur d'adhésion (pertinent), la question de l'ONF (douteux). Mais tout cela reste à l'état d'intuitions dispersées, sans vision d'ensemble.
Sylvain Waserman, aujourd'hui à l'ADEME, a tenu le discours le plus structuré de la soirée.
Ses points clés :
“La transition sera territoriale ou ne sera pas.” L'importance des territoires est centrale.
Le partage de connaissances : le réseau des élus (4300 élus aujourd'hui). Un nouvel outil « Demain mon territoire » sera lancé. Un EPCI sur deux utilise leur méthodologie 360° pour construire un plan de transition.
Les énergies renouvelables : 20% des ENR viennent du monde agricole. L'équilibre économique d'une exploitation vient de plus en plus de l'agrivoltaïsme, du biométhane.
L'urgence économique : une anecdote de Christian Leroy sur deux papeteries, l'une au gaz, l'autre aux renouvelables thermiques. Celle au fossile ne s'est pas remise de la crise énergétique et a mis la clé sous la porte.
Ce que disent les chefs d'entreprise : matrices de risques. Le gaz fossile, c'est un business plan qui tient si crise énergétique ? Les attentes clients : un verrier sous-traitant qui devra être neutre carbone en 2030 oblige ses fournisseurs à suivre.
La balance commerciale : l'énergie fossile achetée à des pays “qui ne nous veulent pas que du bien” pèse plus que les intérêts de la dette.
“L'écologie est un problème d'ingénieurs.” L'objectif confié par l'État à l'ADEME : l'efficacité carbone de l'euro investi.
Le fonds chaleur : 1 Md€ injecté génère 2,8 Md€ d'activité privée. Taux de prélèvement : 800 M€ en année 2. 2,5 Md€ annuellement économisés sur le déficit de la balance commerciale. Les élus qui lancent des réseaux de chaleur protègent citoyens et entreprises contre la variation des fossiles.
La souveraineté : protection de notre actif économique, efficacité économique, protection contre les vulnérabilités. Il a cité le Shift Project sur l'indicateur de vulnérabilité.
Le message aux élus : “les maires sortants vont être élus sur ce qu'ils ont fait mais aussi sur ce qu'ils n'ont pas fait”.
Le discours de Waserman est efficace, chiffré, en apparence dépolitisé. C'est sa force et sa limite. Il parle le langage des décideurs : RoI, matrices de risques, balance commerciale, souveraineté. Ça fonctionne.
Il évite les questions qui fâchent. Qui paie ? Qui perd ?
L'écologie comme “problème d'ingénieurs” est une vision technocratique qui a ses mérites (l'efficacité) et ses angles morts : il vaut mieux bien définir en amont le besoin auquel on veut répondre (c’est le rôle du politique), avant d’y trouver une solution (le rôle de l’ingénieur).
On peut très bien répondre à de mauvaises questions.
Jean Buckard (WWF), Marta de Cidrac (sénatrice), Charlotte Faucheux (Jeunes Républciains), Marie-Georges Pagel-Brousse (restauration de chateau). Une table ronde plus dispersée, avec quelques éléments notables.
Jean Buckard, du WWF, se décrivait comme “la caution gauchiste de ce soir” :
“Tout le monde a compris les enjeux du réchauffement et de la biodiversité. Maintenant, comment passer à l'action ?”
“Impasse politique. On n'aura plus de grandes lois favorables à la cause. Retour en arrière.”
“Personne ne veut entendre parler de ZAN. Mais personne ne veut îlots de chaleur, inondations, équipements à distance. On veut une eau de qualité. Oui, réactance de l'agriculture. Mais personne ne veut une eau contaminée.”
Le WWF a regardé des villes lambda pour voir comment les solutions écologiques coûtent et rapportent. “On va présenter 10 villes avec un RoI écolo comme financier.”
Charlotte Faucheux, vice-présidente des Jeunes Républicains :
“Je suis la caution jeune de la table ronde” a-t-elle énoncé, en outrant ses camarades de tablée.
“C'est par le local qu'on montrera aux jeunes que LR c'est super, et l'écologie aussi.”
“L’enjeu est de rendre fiers les jeunes de leurs origines : leur jolie ville ou village, en construisant (sic) des parcs.” C’est une question identitaire".
Marta de Cidrac (sénatrice LR) :
Elle a tenu un discours loin d’être concret, prudent et par conséquent assez consensuel. Elle s’est définie comme féministe. Elle a pris la posture de responsabiliser les individus (toujours la logique de préserver le système en place).
“L'écologie ni de droite ni de gauche. L'écologie est un sujet économique, territorial, humain.”
“Il faut faire comprendre le périmètre de chaque mesure.”
“L'immigration par la soif. Les petites filles qui vont chercher l'eau et ne vont pas à l'école. Je suis féministe.”
“Nous sommes dans une économie de consommation. On se réindustrialisera mais on restera une économie de consommation. Nos importations deviennent déchets. Une économie très intéressante du déchet.”
“On manque d'une vision, de constance.”
“Les citoyens sont aussi responsables. Mon acte d'achat est conscient. La loi ne doit pas tout régir. On a déjà beaucoup de lois. On manque de cohérence et stabilité.” Elle omet ici qu’un citoyen doit être informé et non biaisé pour agir, ce qui suppose de la régulation (publicités ?) et lorsqu’elle existe, de l’appliquer sans la contourner (information de la présence de perturbateurs endocriniens).
Enfin, elle a ouvert sur les “ressources des océans : innovation, énergie, pharmacopée.”
Cette table ronde illustre le niveau d'acculturation hétérogène de la droite sur ces sujets. Certains ont des éléments de langage rodés, mais pas chez les politiques, d'autres découvrent visiblement le sujet. La mention du ZAN revient souvent.
L'absence totale de vision systémique est frappante. On parle de géothermie ici, de renaturation là, d'économie du déchet ailleurs - mais aucun fil conducteur, aucune cohérence d'ensemble.
François Gemenne a fermé le bal. Chercheur au GIEC, spécialiste des migrations climatiques, il a livré une intervention plus nuancée et plus lucide que les précédentes.
Ce qu'il a dit (paraphrasé) :
Il a noté, avec malice, que « Balkany reproche des casseroles à son poulain, venant de lui, c’est dire la gravité de la situation ». Rentrer sur scène devant un parterre de droites, c’est assez osé.
La polarisation sur l'écologie est un problème. Il a souligné que la dernière réunion sur la rénovation énergétique à la FFB n'avait pas réuni les différents camps.
Roosevelt et Nixon ont fait des actions écolos majeures, citant les agences gouvernementales que Trump est en train de défaire. L'écologie n'a donc pas toujours été de gauche.
L'écologie a glissé à gauche. Elle est devenue un marqueur idéologique. S'y sont agrégés féminisme, Gaza, anticapitalisme - qui peuvent être légitimes, mais semblent inséparables de l'écologie chez de nombreux électeurs, et donc potentiellement repoussoirs. => Il manque une offre, en somme (ce qu’il ne phrase pas ainsi). Cette émission de France Culture décrit de manière intéressante le sujet du “package” de positions politiques, comme une nécessité de notre système électorale.
Le débat public se focalise sur la symbolique plutôt que sur le pragmatique. “on peut être pro-ENR et hostile au point médian.”
Le clivage obère la transition. La transition a besoin de stabilité dans le temps. Donc pas de positionnement idéologique dessus, autrement, l’alternance poussera à défaire les actions du précédent exécutif/législatif.
Au niveau local, l'écologie devient pragmatique. Un maire soucieux de ses habitants voudra de meilleurs transports, une eau et un air de qualité, des économies d'énergie.
Le passage aux solutions fait voler en éclat le consensus. La question climat/biodiversité n'est pas de gauche ou de droite. Mais les solutions, elles, le sont.
Les narratifs post-fossiles entrent en collision : techno-solutionistes, ceux qui veulent interdire, et les “bobo naïfs faisant de la permaculture tout nu” sont trois visions incompatibles si on les considère comme s’appliquant à la société entière.
Les incantations rendent le discours moralisateur. C'est le même état d'esprit que celui des Parisiens à l'approche des JO. Il a fallu toucher du doigt les Jeux pour les apprécier.
Il faut donc incarner les bénéfices de la transition. Pas que des promesses, mais des transports plus fiables, des logements plus confortables et moins chers à chauffer, une alimentation plus saine.
Si nous percevons notre intérêt à la transition, nous pouvons en faire un projet qui nous rassemble. Intérêt individuel et collectif. Transcender les clivages.
Le discours climatique évoque un futur où l'on vit moins bien. Sans pouvoir se projeter positivement, moins d'enfants, et tentation de se réfugier dans le passé. Ce qui créé les conditions favorables à faire émerger le mouvement MAGA. C'est le danger pour nos démocraties.
La souveraineté énergétique : sans importations d'énergie fossile, Lecornu aurait un budget. On aurait évité ce psychodrame. Nous restons dépendants de puissances qui attaquent l'Ukraine et menacent le Danemark. C'est un talon d'Achille géopolitique de l'Europe. Notre dépendance aux fossiles est une question régalienne. Ça doit unir tous les démocrates.
Conclusion :
si la droite veut prétendre être championne de la sécurité, elle doit être championne de l'écologie.
Gemenne est le seul intervenant à avoir posé les termes du débat avec clarté. Sa distinction entre le diagnostic (transpartisan) et les solutions (politiques) est juste. Son insistance sur l'incarnation des bénéfices est pertinente.
Sa conclusion - “championne de la sécurité = championne de l'écologie” - est un argument que la droite devrait entendre. La souveraineté énergétique n'est pas un gadget de gauchiste, c'est une condition de la puissance.
Mais Gemenne reste dans une posture de facilitateur. Il veut réconcilier, dépolariser, rassembler, et nous faire collectivement avancer.
Soyons honnêtes. Cette soirée était une lueur d’espoir.
La prise de parole existe. Des figures de la droite parlent d'écologie publiquement, devant leurs pairs. C'est nouveau, ou du moins c'est plus assumé qu'avant.
Le sujet entre dans l'agenda 2027. Si Édouard Philippe fait campagne sur le triptyque “Puissance, Identité, Protection” (PIP) avec une composante écologique, ça peut faire bouger des lignes.
L'argument économique et souverainiste peut toucher des électeurs que la gauche ne convainc plus. Parler de balance commerciale, de matrices de risques, d'indépendance énergétique, c'est parler un langage que des patrons et les élus locaux comprennent.
Le potentiel de rendre désirable une partie de la transition. Si la droite cesse de taper systématiquement sur l'écologie, si elle commence à la présenter comme compatible avec le progrès et la prospérité, ça peut débloquer des résistances.
Zéro idée nouvelle. J'ai cherché. Il n'y en a pas. Tout ce qui a été proposé existe déjà : bonus-malus, ZFE, fonds chaleur, bornes électriques, cantines locales. Aucune rupture, aucune innovation, aucun courage, non plus.
Beaucoup de colère contre la gauche, peu de propositions. Une part significative du temps de parole a été consacrée à critiquer les “verts”, les “idéologues”, la “surtransposition” (pourtant fruit du libéralisme dans une société verticale), les “symboles irritants”. C'est plus facile que de proposer.
L'agriculture ? Absente. Dans une soirée où les agriculteurs ont été présentés comme des victimes, alors même que pour venir assister à cette conférence, il avait fallu éviter les barrages de police en réaction aux tracteurs, ne jamais mentionner leur contribution aux émissions et aux pollutions est un choix politique. Et un mensonge. On ne s’adaptera pas sans accompagner les agriculteurs vers un futur qu’ils désirent, et au service de la population. C’est a priori contradictoire avec les lectures actuelles faisant primer les exportations céréalières.
L'atténuation au détriment de l'adaptation. Le discours était quasi-exclusivement centré sur la réduction des émissions (atténuation). Presque rien sur l'adaptation aux changements déjà en cours. C'est un retard conceptuel de 20 à 30 ans. L'adaptation est le parent pauvre, alors que c'est là que se joueront les prochaines décennies. C’est le point le plus inquiétant de ce tableau.
L'incohérence anticonsumérisme / critique de la décroissance. Florence Portelli cite Laudato Si et veut “quitter nos réflexes consuméristes”, dans une certaine logique de la droite catholique. Dans le même camp, on vilipende les décroissantistes comme des fous dangereux. Il faudra choisir le discours.
L'attachement aux grands projets. Le modèle reste le même : infrastructures, croissance, compétitivité. L'écologie est acceptable si elle s'inscrit dans ce cadre. Sinon, elle est “idéologique”.
Pas un mot sur : la joie, le plaisir, le sens. Rien sur la domination, l'extractivisme. Quasi-rien sur les pollutions et la santé environnementale. L'écologie présentée ce soir-là est une écologie de gestionnaires, pas une écologie d’un monde habitable.
Une culture hétérogène. Certains intervenants maîtrisaient leur sujet, d'autres découvraient visiblement. Le besoin d'acculturation est massif. Il y a un début à tout.
Voilà ce que je retiens de cette soirée.
La droite est en train de se repositionner sur l'écologie. Non pas par conviction profonde, mais par nécessité électorale. Le sujet existe, il pèse, il faut en dire quelque chose.
Le positionnement choisi est clair : une écologie sans remise en cause du système. Une écologie de l'efficacité, du pragmatisme, de la compétitivité. Une écologie qui ne touche ni au modèle agricole, ni au modèle de consommation, ni aux rapports de domination. Une écologie, en somme, au service du conservatisme.
C'est ce que j'appelle “tout changer pour ne rien changer”. Accepter le vocabulaire de l'écologie pour mieux en neutraliser la portée transformatrice.
La droite sait se positionner comme “les gens sérieux” face aux “idéalistes de gauche”. Elle l'a fait sur l'économie, elle l'a fait sur la sécurité, elle peut le faire sur l'écologie. Le discours est rodé : “nous aussi on veut protéger l'environnement, mais sans les excès, sans l'idéologie, sans les contraintes absurdes.”
Ce discours peut fonctionner. Pire, il peut être cru. Il peut séduire une partie de l'électorat fatigué des injonctions moralisatrices. Il peut décrédibiliser une gauche qui peine à incarner les bénéfices concrets de la transition.
La ligne de fracture qui vient n'est pas “pour ou contre l'écologie”. Tout le monde sera “pour l'écologie” - le mot et son champ lexical sont devenus incontournables. La ligne de fracture sera : pour ou contre le changement de système ? Il est temps d’oublier les termes “climat”, “biodiversité” et de retrouver ceux des “pollutions”, de la “santé”, et du confort de vivre dans un monde habitable, tout simplement.
D'un côté, ceux qui pensent qu'on peut décarboner l'économie sans toucher aux structures de pouvoir, aux inégalités, au modèle de croissance. De l'autre, ceux qui pensent que la transition écologique exige une transformation profonde de nos modes de production, de consommation, de décision.
Si la gauche veut rester audible sur l'écologie, elle ne peut pas ignorer cette tentative de repositionnement. Quelques pistes.
1. Incarner les bénéfices concrets.
Je ne peux que rejoindre Gemenne : le discours climatique évoque trop souvent un futur où l'on vit moins bien. Il faut inverser la charge. Montrer ce qu'on gagne : des transports fiables, des logements confortables, une alimentation saine, un air respirable, des paysages préservés, du temps libéré, des relations apaisées et un lien social retrouvé.
2. Sortir du moralisateur.
L'écologie de gauche a parfois un ton de sermon. Ça ne convainc personne. Il faut parler d'intérêts - individuels et collectifs - pas seulement de devoirs.
3. Réconcilier écologie et classes populaires.
La critique de Florence Portelli sur le “mépris de classe” est assez infondée, mais pas totalement. L'écologie de gauche a souvent cherché à entrainer les classes aisées, et contraindre les plus riches, incarnant moins dans son discours les “travailleurs”.
4. Ne pas abandonner le terrain économique et souverainiste.
La droite s'empare de l'argument souverainiste (indépendance énergétique) et économique (compétitivité, balance commerciale). La gauche doit y répondre. La transition écologique peut être un projet de souveraineté populaire, pas seulement de souveraineté nationale. Le sujet est mal maitrisé par les droites, et leur bilan accablant. L’opportunité est immense.
5. Répondre à l'accusation d'être “hors-sol”.
La droite va marteler que la gauche écolo est déconnectée du réel, enfermée dans ses symboles (jets privés, SUV, point médian). La seule réponse, c'est le terrain. Les expériences concrètes, les réussites locales, les alliances improbables.
6. Assumer le conflit.
La transition écologique crée des perdants. Des secteurs devront décroître. Des intérêts seront bousculés. Prétendre que tout le monde peut y gagner en même temps, c'est mentir. La gauche doit assumer le conflit, nommer les adversaires, proposer des compensations pour les perdants car c’est légitime.
La victoire ne peut être que collective
C’est ce que slammait Grand Corps Malade en conclusion de “2083”, décrivant un futur indésirable.
Que retenir de cette soirée à la Maison de la Chimie ?
La droite française est en train de se doter d'un discours écologique. C'est nouveau, c'est notable, et ce n'est pas rien. Si ce sujet prend dans la campagne 2027, ça peut aider à aller un peu plus dans le bon sens, à limiter la portée du backlash anti-écolo. Il y a même de la littérature construite pour servir de corpus de pensée pour les municipales, et c’est intéressant.
Mais ne nous y trompons pas. Ce discours est au service du conservatisme. Il s'agit de tout changer pour ne rien changer. D'accepter l'écologie comme contrainte inévitable, tout en vidant la notion de sa portée transformatrice.
L'agriculture est oubliée. La justice, la démocratie et par conséquence l’acceptabilité sociale sont oubliés. Le modèle de consommation est sans doute essentiellement préservé, ne ciblant que des concurrents étrangers trop gênants, adoptant ainsi le protectionisme si longtemps honni. Pour la droite, les grands projets restent la solution. La sobriété est un mot qu'on prononce en citant le pape, mais qu'on refuse quand il s'agit de politique publique.
C’est l’opportunité de construire une opinion favorable à certaines transformations ? Peut-être. C'est à la hauteur des enjeux ? Absolument pas.
La vraie question, celle qui n'a pas été posée ce soir-là, est simple : est-ce que ces discours font bouger les lignes, ou est-ce qu'ils les figent ?
Je ne sais pas. Je crains que ce soit trop la seconde option, et pas assez la première.
J'ai assisté à ce colloque le mardi 13 janvier 2025, à la Maison de la Chimie, invité par Ferréol Delmas. Les notes sont les miennes et donc partiales et imparfaites. J'ai participé au cocktail qui a suivi. Les paraphrases sont fidèles à ce que j'ai entendu, avec les limites inhérentes à une prise de notes en temps réel.