Après Ormuz (3/4) - La Cascade alimentaire : les soubresauts qui nous attendent

Non, il n'y aura pas de famine mondiale demain. Mais le blocage d'Ormuz révèle un système alimentaire sans filet : just-in-time, marchés financiarisés, dépendances cachées au gaz et au soufre du Golfe. À chaque caillou jeté dans l'engrenage, le risque s'amplifie. Et les cailloux se multiplient.

Zone Habitable
9 min ⋅ 02/05/2026

Salut à toutes, et à tous,

Troisième et avant-dernier article de la série “Après Ormuz”.

  1. Le premier (“La Tectonique des Plaques”) traitait de la guerre elle-même.

  2. Le deuxième (“Le choc invisible”) du choc énergétique qu'elle a déclenché.

  3. Celui-ci traite de la cascade alimentaire qui s'annonce.

  4. Le dernier évoque plus positivement la suite à donner à ce révélateur qu’est la crise d’Ormuz.

Cet article m’est difficile à écrire, parce qu'il faut tenir une ligne de crête.

  • D'un côté, ne pas céder à l'alarmisme : les voix les plus posées du débat - Marion Jansen à l'OCDE, Augustin Grand-Georges au Forum de Paris sur la Paix - rappellent qu'il n'y a pas de famine mondiale en vue, et que le mot “famine” peut devenir une prophétie autoréalisatrice.

  • De l'autre, ne pas céder au confort de l'évidence rassurante : le précédent 2008 a montré comment un système optimisé, financiarisé, sans marges, peut basculer d'un choc localisé à une crise mondiale.

L’angle de cet article tient en une métaphore.

Notre système alimentaire mondial fonctionne sans filet. Pas en chute libre, mais sans filet.
Le moindre caillou jeté dans l'engrenage peut tout dérailler. Et depuis quelques années - Covid, guerre en Ukraine, et maintenant Ormuz - les cailloux se multiplient.

Du blé tendre, avant que ses célèbres épis n'apparassaientDu blé tendre, avant que ses célèbres épis n'apparassaient


⏱️ L'essentiel en 30 secondes

  • Le système est sans filet : just-in-time, stocks optimisés, marchés agricoles financiarisés. Plus exposé qu'il y a vingt ans aux chocs localisés.

  • La chaîne invisible : sans engrais synthétiques, la production alimentaire mondiale chuterait d'environ 50%. Un tiers du commerce maritime mondial d'engrais transite par Ormuz.

  • Les cailloux qui s'accumulent : blocage d'Ormuz, restrictions chinoises depuis 2021, indiennes depuis mars, El Niño signalé pour 2026, dépendance au soufre du Golfe, industrie européenne d'engrais affaiblie depuis 2022.

  • Le décalage temporel : le choc alimentaire ne suit pas le choc énergétique en temps réel. Quand il sera visible, le détroit aura rouvert. Les médias seront passés à autre chose.

  • La leçon de 1920 : lors de la pénurie d'essence en Californie, les compagnies pétrolières avaient hiérarchisé les usages et rationné. Selon Jean-Baptiste Fressoz, les engrais azotés représentent 6% du gaz mondial, les machines agricoles 5 à 10% du diesel. Il y a assez de fossiles pour que personne ne souffre de la faim. C'est un choix politique.


1. Un système alimentaire sans filet

Première chose à poser, parce qu'elle structure tout le reste :

Nous ne sommes pas en situation de famine, pour le moment.
Nous sommes en situation de vulnérabilité.

La nuance est importante, et plusieurs experts l'ont rappelée ces dernières semaines.

Marion Jansen, directrice des échanges et de l'agriculture à l'OCDE, le formulait dans une émission de France Culture : “Pour nous, en ce moment, les prix des produits agricoles de base n'augmentent pas beaucoup. Le blé a augmenté un peu, mais le prix du riz a même baissé.” Augustin Grand-Georges, du Forum de Paris sur la Paix, allait dans le même sens : “Il n'est pas question d'alarmer sur un risque de famine mondiale. Les stocks céréaliers sont bons.

Tous deux soulignent un risque qui mérite d'être nommé. Le mot “famine” peut devenir une prophétie autoréalisatrice. Si les marchés et les États croient à la famine, ils ferment leurs frontières alimentaires, restreignent leurs exportations d'engrais, déclenchent des achats de précaution. C'est exactement l'enchaînement qui a transformé en 2008 un choc pétrolier en crise alimentaire mondiale.
La prudence sur les mots est donc justifiée.

Mais cette prudence ne doit pas masquer l'autre face du tableau.
Notre système alimentaire mondial est aujourd'hui plus fragile qu'il ne l'était il y a vingt ans. Trois transformations structurelles expliquent cette fragilité.

  1. D'abord, l'optimisation des stocks.
    La logique dominante des années 2000-2020 a été le just-in-time. Les stocks coûtent cher, on les a rabotés. Les producteurs se sont concentrés sur des hubs spécialisés, les flux ont été tendus.
    ➡️ Résultat : un système efficace en régime nominal, mais sans marge en cas de choc.

  2. Ensuite, la financiarisation des marchés agricoles.
    Les céréales, les engrais, les intrants se traitent désormais sur des marchés à terme exposés à la spéculation.
    ➡️ Quand un choc survient, l'effet est amplifié par les anticipations et les comportements de couverture.

  3. Enfin, l'interdépendance accrue.
    Ce que les économistes appellent le caractère “déterritorialisé” des chaînes : on produit ici, on consomme là-bas. Une partie de la viande bovine consommée en Europe est nourrie au soja brésilien, lui-même cultivé avec des engrais qatariens.
    ➡️ La fragilité ne se mesure plus à l'autosuffisance d'un pays, mais à la robustesse de la chaîne mondiale qui le relie aux autres. Et elle n’est pas très lisible, et les données peu rendues publiques.

Le système est en train de glisser, lentement, du “just in time” au “just in case”, pour reprendre la formule de Marion Jansen. Mais ce glissement prend des années, et nous vivons aujourd'hui dans la période transitoire où les vieilles fragilités sont encore là, et où les nouvelles marges ne sont pas encore reconstituées. C'est exactement la période où un caillou supplémentaire fait le plus de dégâts.


2. La chaîne invisible : du gaz à l'assiette

Pour comprendre comment Ormuz peut affecter ce que vous mettez dans votre assiette, il faut suivre la chaîne. Elle commence loin des champs, dans des usines de chimie lourde adossées aux puits de gaz du Golfe persique.

Sans engrais synthétiques, cette sortie désorganisée ferait chuter la production alimentaire mondiale d'environ 50%.
C'est l'ordre de grandeur que retiennent Vaclav Smil et la FAO, avec une fourchette de 40 à 50% selon les hypothèses sur la rotation et la diversification des cultures.

Notre capacité à nourrir 8 milliards de personnes repose sur une chimie inventée en 1909 par deux Allemands : le procédé Haber-Bosch, qui fixe l'azote atmosphérique sous forme assimilable par les plantes. Ce procédé a besoin d'hydrogène, et l'hydrogène utilisé en production massive vient aujourd'hui presque exclusivement du gaz naturel par vaporeformage.

  1. D'où la première dépendance.
    Les engrais azotés (urée, ammoniac, nitrate d'ammonium) sont des dérivés directs du gaz naturel. Le Qatar, l'Iran, l'Arabie saoudite, les Émirats sont parmi les plus gros exportateurs mondiaux. Selon les estimations sectorielles convergentes, environ un tiers du commerce maritime mondial d'engrais transite par le détroit d'Ormuz.

  2. D'où la deuxième dépendance, moins visible.
    Le soufre, sous-produit du raffinage du pétrole et du traitement du gaz naturel, est essentiel à la fabrication des engrais phosphatés. Près de la moitié des exports mondiaux de soufre proviennent de pays en amont du détroit. Sans soufre, les producteurs phosphatiers (notamment l'OCP marocain, géant mondial) voient leur production se restreindre. Le caillou Ormuz se propage ainsi à des chaînes qu'on aurait crues à l'écart.

  3. D'où enfin la troisième dépendance, logistique.
    Le port de Jebel Ali, aux Émirats, est l'un des hubs de réexportation utilisés par le Programme alimentaire mondial pour ses stocks d'urgence vers l'Afrique de l'Est. Quand le détroit se ferme, les marchés se tendent, et ce sont aussi les acheminements humanitaires qui se compliquent.

Pour l'instant, ces tensions se traduisent par des chiffres dans des bilans ministériels.

  • Les prix internationaux de l'urée ont grimpé.

  • L'Inde a relevé sa subvention aux engrais de 12% en mars et lancé un appel d'offres d'urgence.

  • Le Pakistan, le Bangladesh, l'Éthiopie ont déclaré des situations préoccupantes.

  • Plusieurs unités de production au Moyen-Orient et en Inde ont arrêté ou réduit leur activité depuis le début de la crise.

Mais l'agriculture ne fonctionne pas en heures, ni en jours. Elle fonctionne en cycles de 90 à 360 jours. Un agriculteur qui réduit ses doses d'engrais aujourd'hui ne verra l'effet sur son rendement que dans six à douze mois. Et l'effet sur les prix de gros, puis sur les prix de détail, puis sur les niveaux de faim, prendra encore plusieurs mois supplémentaires.

C'est ce décalage qui rend la cascade alimentaire si piégeuse pour le débat public. Quand les effets seront visibles, dans douze à dix-huit mois, le détroit aura probablement rouvert, les éditorialistes auront tourné la page, et les ministres se féliciteront d'une crise digérée. C'est exactement ce qui s'est produit en 2009, deux ans après le choc de 2007-2008.


3. Les cailloux s'accumulent

Le caillou Ormuz n'arrive pas dans un système au repos. Il arrive dans un système déjà tendu par d'autres cailloux, qui s'additionnent.

  1. Premier caillou, en amont.
    La Chine a suspendu ses exportations d'engrais azotés depuis 2021, dans le contexte du Covid. C'est un choix souverain, légitime du point de vue d'un État qui doit nourrir 1,4 milliard d'habitants. Mais Pékin est le plus grand producteur mondial d'urée, et son retrait du marché réduit massivement la capacité du marché mondial à absorber d'autres chocs.
    L'Inde, à son tour, a commencé à restreindre ses exportations en mars 2026.

  2. Deuxième caillou, climatique.
    Plusieurs équipes de climatologues alertent sur la probabilité d'un événement El Niño d'intensité forte fin 2026. El Niño réchauffe le Pacifique central et perturbe les régimes pluviométriques mondiaux : sécheresses en Indonésie, Australie, Afrique australe ; bouleversements des moussons asiatiques. Un choc d'engrais combiné à un choc climatique, c'est exactement le type de superposition qui transforme une crise gérable en crise grave.

  3. Troisième caillou, en Europe.
    La crise gazière de 2022 avait fragilisé l'industrie européenne d'engrais, avec des fermetures ou ralentissements chez Yara, BASF, OCI. Toutes ces capacités n'ont pas redémarré. La capacité européenne à compenser un nouveau choc en augmentant la production domestique est structurellement réduite. L'Europe ne pourra pas non plus jouer son rôle d'amortisseur du marché mondial.

  4. Quatrième caillou, géopolitique.
    Les économies les plus exposées cumulent trois fragilités : forte dépendance aux importations d'engrais, faibles stocks, peu de marges budgétaires.

La carte se matérialise comme suit :

  • En Asie du Sud, l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh figurent parmi les plus tendus.
    Le Pakistan, qui traverse une crise de change, importe en devises fortes ; chaque hausse du prix des engrais ronge un budget déjà contraint.

  • En Afrique de l'Est et australe, la concentration des fragilités est la plus inquiétante. La Somalie et le Kenya sont les premiers identifiés à court terme. L'Éthiopie et le Mozambique cumulent engrais plus chers, carburants plus coûteux et devises faibles. Le Malawi importe 61,6% de ses engrais de pays du Golfe, le Burundi 75,4%. Ces pays n'ont ni les réserves de change, ni les capacités logistiques pour rerouter rapidement.

  • Sur le continent américain, le Brésil est le grand acteur exposé. Très dépendant des importations pour ses cultures de soja et de maïs (massives à l'exportation), il subit la pression des prix. Plusieurs sources signalent que des agriculteurs sautent des cycles de culture faute d'approvisionnement. À l'échelle macroéconomique, le Brésil tient. Mais le Brésil est aussi le fournisseur de protéines pour l'élevage chinois et européen, et ses fragilités se transmettent.

  • L'Europe, enfin, est exposée par procuration, par le coût de l'alimentation animale, par l'instabilité de son voisinage (Maghreb, Mashreq, Sahel), par les vagues migratoires qui peuvent suivre une crise alimentaire en Afrique de l'Est. Ce sont des coûts qui n'apparaissent pas dans les modèles économiques, mais qui structurent la décennie qui s'ouvre.


4. La leçon oubliée de 1920

Face à ce tableau, la tentation est de conclure à l'inéluctable. Elle serait fausse. L'histoire offre un précédent que le débat actuel a complètement oublié, et que Jean-Baptiste Fressoz a remis en lumière dans une chronique récente du “Monde”.

Été 1920, Côte ouest des États-Unis.
Une pénurie d'essence frappe la région. Trois causes : la diffusion rapide de l'automobile, l'arrivée massive du tracteur dans l'agriculture, et une sécheresse qui prive les fermes californiennes d'eau et d'électricité hydraulique. Privés d'irrigation gravitaire, les agriculteurs doivent recourir à des pompes à essence pour sauver leurs cultures. Et l'isolement relatif de la Côte ouest limite les possibilités d'importation d'urgence.

Très vite, une évidence s'impose : toutes les consommations ne se valent pas. L'automobile individuelle incarne la modernité, mais c'est l'agriculture qui est vitale. Sans carburant, pas d'irrigation, pas de tracteur, pas de moisson. Les compagnies pétrolières, plutôt que de laisser les prix s'ajuster brutalement, choisirent de hiérarchiser les usages par un rationnement strict.

Cent ans plus tard, Fressoz tire de cette histoire deux enseignements puissants.

  1. Premier enseignement : malgré la répétition des crises, notre nourriture est toujours aussi dépendante des fossiles. Le gaz pour les engrais azotés, le diesel pour les machines et le transport. La perspective d'une transition énergétique n'a pas grand sens dans le court terme d'une crise.

  2. Second enseignement, plus important encore : on peut agir. Et c'est ici que Fressoz pose un chiffre qui change la perspective. Les engrais azotés ne représentent que 6% de la production mondiale de gaz naturel. Les machines agricoles consomment entre 5 et 10% du diesel mondial (5% pour la France). Il y a largement assez de gaz et de pétrole dans le monde pour que personne ne souffre de la faim. Une crise alimentaire mondiale n'est pas un problème de ressources. C'est un problème d'allocation.

Le précédent californien de 1920 n'est pas un cas isolé.
En 2022, après l'invasion russe de l'Ukraine, la communauté internationale a su négocier l'accord céréalier de la mer Noire, sous médiation de l'ONU et de la Turquie, pour permettre l'évacuation du blé ukrainien. Marion Jansen le rappelait : “Au lieu de crier famine, on s'est assurés que le blé puisse partir”.
L'accord a fonctionné, avec des effets très positifs sur la stabilité des prix mondiaux. On a limité la casse.

Rien n'interdit, juridiquement ou techniquement, de répliquer ce type de mécanisme pour les engrais à destination de l'Afrique de l'Est, où une fenêtre opérationnelle de deux à trois mois existe avant que les semis du Kenya, de la Tanzanie, de la Somalie et de l'Éthiopie ne soient compromis. Ce qui manque, c'est la volonté politique.


5. Les leviers à portée

Si l'inéluctable n'est pas l'horizon, alors la question devient : que peut-on faire ? Quatre niveaux de réponse, du plus collectif au plus personnel.

  • Au niveau international, deux pistes concrètes.
    La première est l'extension de la transparence de l’information du système AMIS (Agricultural Market Information System) aux engrais. Créé après la crise de 2008 sous présidence française du G20 en 2011, AMIS rassemble les données de stocks, de production et de commerce des quatre grandes céréales (blé, riz, maïs, soja). Il a permis depuis quinze ans de désamorcer plusieurs paniques en assurant la transparence du marché. L'OCDE a commencé en 2026 à intégrer les engrais à ses modèles. Il faut accélérer. La transparence empêche que la peur s'autoalimente.
    La seconde piste est le déblocage prioritaire des engrais à destination des pays africains les plus exposés, sur le modèle de l'accord céréalier de la mer Noire. La fenêtre est étroite, deux à trois mois, mais elle existe. Le coût budgétaire pour les pays donateurs serait modeste à l'échelle des pertes économiques et humaines évitées.

  • Au niveau européen, un réflexe de solidarité avec le voisinage immédiat. Maghreb, Mashreq, Afrique subsaharienne. Plusieurs initiatives existent (Initiative pour la sécurité alimentaire et la résilience, partenariats avec l'Union africaine), mais leur ampleur est sans rapport avec les besoins. Augmenter les enveloppes, sécuriser les approvisionnements en intrants pour ces pays, faciliter les transferts de technologies agroécologiques moins dépendantes des engrais synthétiques : tout cela coûte à court terme, et fait économiser énormément à moyen terme.

  • Au niveau français, le levier domestique est l’amélioration de notre alimentation du point de vue sanitaire. Notre régime repose massivement sur des protéines animales dont la production mondiale absorbe environ deux tiers des surfaces agricoles mondiales (pâturages compris) et environ un tiers des terres arables (en comptant les fourrages). Réduire la consommation de viande et de produits laitiers, sans la supprimer, libérerait des volumes de céréales considérables pour l'alimentation humaine directe, et réduirait notre exposition aux chocs sur les engrais. C'est un sujet impopulaire à porter en année préélectorale. Il reste l'un des leviers structurels les plus efficaces.
    J'ajoute un point spécifique à la France, exploré dans un article précédent (“Peut-on se nourrir sans pesticides ?”) : notre productivité agricole est déjà contrainte par l'épuisement des sols et le changement climatique. Avec moins d'intrants, de manière subie et non préparée, ce ne sera plus la même histoire. Anticiper la transition vers des systèmes moins dépendants vaut mieux que la subir au moment où les engrais manqueront vraiment.

  • Au niveau personnel, je n'aurai pas l'outrecuidance de faire la liste des bonnes pratiques. Je dirai juste ce que je m'applique à moi-même : mon panier moyen en faisant les courses a diminué en passant d’une moyenne surface à une épicerie bio, car j’ai réduit en même temps les produits transformés, réduit la viande (“moins mais mieux”), acheté local et de saison. Des gestes individuels qui, agrégés, améliorent la santé et le budget des ménages.


Conclusion : sans filet, mais pas sans recours

Trioisième article, troisième cascade qui part du même détroit.

Cet article décrit un système alimentaire sans filet, qui peut continuer malgré un caillou mais se grippe sous l'accumulation. Le caillou Ormuz s'ajoute aux restrictions chinoises, à la fragilité européenne post-2022, au risque El Niño, au soufre du Golfe, à la dépendance au procédé Haber-Bosch, sur des sols épuisés. Aucun de ces éléments, pris isolément, ne déclenche la catastrophe. Leur superposition la rend possible, peut-être plausible.

C'est cela, vivre sans filet.
On peut traverser longtemps sans tomber.
Mais une chute n'a pas besoin d'être annoncée pour faire mal.

La leçon de ces trois premiers articles tient en une phrase : les systèmes physiques sur lesquels reposent nos sociétés sont à la fois plus interconnectés et plus fragiles que nous ne l’avons appris.
L'eau, l'énergie, l'alimentation forment un même nœud, qui se serre quand on tire sur une seule de ses cordes.

  • Le précédent californien de 1920 nous rappelle que ces systèmes peuvent être pilotés en temps de crise, à condition de hiérarchiser les usages et d'accepter que certaines consommations comptent plus que d'autres.

  • Le précédent de la mer Noire en 2022 nous rappelle que la coopération internationale, lente et imparfaite, peut quand même fonctionner.

  • Ce qui manque aujourd'hui, c'est l'attention politique avant que le mal ne soit fait.


Le prochain et dernier article de cette série se veut plus réjouissant, sur le projet collectif à mener.

Comme toujours, vos retours m'intéressent. Je vous en remercie, même si je réponds parfois (très) tardivement. C'est la conversation qui rend ces sujets utiles, précisément parce qu'elle aide à réfléchir.

Zone Habitable

Par Matthieu de Cremoux

J'analyse les systèmes qui nous soutiennent.

Citoyen engagé et libre de tout parti politique, j'écris pour décrypter les conditions d'habitabilité du monde : climat, tech et démocratie.

Une approche pour tenter, ensemble, de "partager le réel".

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