Ce que serait une France et une Europe en pointe d'une coalition post-énergies fossiles. Pourquoi ce projet est aussi désirable que stratégique. Et pourquoi il peut tenir, financièrement et politiquement, dans la décennie qui vient.
Salut à toutes, et à tous,
C'est le quatrième et dernier billet de cette série commencée après le détroit d'Ormuz. Trois articles pour poser le diagnostic : la tectonique géopolitique, le choc énergétique invisible, la cascade alimentaire. Cet article-ci change de pied. Il propose un projet, et plusieurs chemins possibles.
Il y a déjà, dans la population, une frustration vive et un désir d'autre chose.
Chacun l'exprime à sa manière, parfois par des vecteurs très opposés, mais qui convergent tous vers un désir de mieux.
Notre difficulté est pour partie de fabriquer un récit ex nihilo.
Elle est aussi de sortir des mots-valises mal compris, devenus objets de polémique, et de revenir à ce qui nous réunit. Notre système informationnel, qui prime le clivage et la simplification, ne facilite pas l'opération. L'associatif, le politique local, l'entreprise et nos échanges au quotidien sont parmi les outils à mobiliser pour y parvenir.
Le climatologue Christophe Cassou, co-auteur du dernier rapport du GIEC, l'a reconnu publiquement : “nous, scientifiques, avons fait une erreur en oubliant de raconter à quoi pourrait ressembler un monde décarboné. Or ce monde n'est pas si moche que ça. Il peut même être un très beau monde”.
La géographe Magalie Régé-Dazid, dans la série du Monde sur une planète à plus 1,5°C, ajoute une demande très simple : “j'aimerais qu'on me propose des chemins”. Pas une obligation. Pas une injonction. Un chemin, plusieurs même.
Cet article se veut une contribution à ce travail-là.
Le désir d'autre chose existe déjà, partout.
Frustrations et aspirations convergent, par des voix très différentes, vers un même désir de mieux. Encore faut-il présenter un horizon désirable et clairement énoncer si l’on choisit de gouverner en faisant confiance aux citoyens ou non.
Sortir des fossiles, c'est gagner sur quatre dimensions : climat, santé (40 000 morts/an en France évitables), justice sociale (les ménages modestes paient le plus la dépendance fossile), souveraineté industrielle (le gaz cher étrangle l'industrie européenne).
La France et l'Europe ont les actifs nécessaires : épargne abondante, bilan électrique 2025 record (95,2% bas-carbone, 92 TWh exportés), savoir-faire nucléaire et renouvelable, marché unique.
Une coalition post-pétrole est crédible. Espagne, pays scandinaves, Maroc, Chili, Costa Rica, Inde sous certaines conditions. L'objectif est de créer une masse critique qui rend la transition plus rapide qu'attendue, et place les retardataires en position défensive.
Le levier financier existe : eurobonds verts adossés à un accord-cadre avec les pays producteurs (Golfe), pour transformer leur rente actuelle en richesse pérenne et financer la souveraineté énergétique européenne.
Le précédent historique est là : Plan Marshall (~150 milliards $ d'aujourd'hui), CECA, Euratom. L'Europe a déjà su, dans des conditions plus difficiles, mobiliser son épargne pour sa souveraineté.
La condition politique majeure est la justice climatique.
Sans elle, toute transition se fera par un violent retournement du fait d’un contrat social inchangé mais trahi.
Pendant trente ans, le monde décarboné a été décrit en creux, par soustraction : moins de viande, moins de voiture, moins d'avion, moins de chauffage. Le résultat est une politique vécue comme une privation, et un débat public verrouillé sur la question de l'acceptabilité.
Or les enquêtes qui cherchent le consensus dans la population montrent très bien le potentiel : les mots sont différents, parfois opposés (souveraineté ici, écologie là, justice sociale ailleurs, liberté plus loin), mais ils pointent souvent dans la même direction : un désir d'autre chose, un appétit de mieux, une lassitude du modèle actuel.
Le calcul économique, la recherche et les expériences locales confirment ce que ces voix sentent confusément : ce monde post-carbone est un monde meilleur, à beaucoup d'égards.
Un air plus respirable. Une mobilité moins onéreuse. Une indifférence aux chocs énergétiques. Un tissu industriel local plus riche. Une égalité accrue, parce que les premiers gagnants d'une sortie des fossiles sont les ménages les plus exposés à la pollution et à la précarité énergétique. Une moindre exposition aux bons-vouloirs des pays du Golfe, de la Russie, des États-Unis et de la Chine.
Ce qui manque, ce n'est ni la matière (elle existe) ni le désir (il est là). C'est la capacité à le formuler ensemble, par-dessus les mots-valises et le clivage médiatique. C'est un travail patient, qui se fait moins dans les plateaux et davantage dans le tissu associatif, les exécutifs locaux, les entreprises et les conversations du quotidien.
Le rappel est connu, mais utile. Les activités humaines sont à 100% responsables du changement climatique que nous traversons, d’une ampleur et d’une vitesse inédites de toute l’histoire de l’humanité.
La combustion des hydrocarbures est la principale cause du réchauffement actuel.
Nous sommes déjà autour de 1,5°C de réchauffement moyen au-dessus de l'ère préindustrielle.
Sans réduction massive et rapide des émissions, nous franchissons les seuils qui rendent l'adaptation très difficile pour des centaines de millions de personnes, annéantissent la production alimentaire française actuelle.
Ce point est issu du consensus scientifique et je n'y reviens pas.
Ce qui change, dans le contexte d'Ormuz, c'est qu'il s'ajoute clairement un argument géopolitique : chaque baril importé est une part de souveraineté concédée.
C'est probablement la dimension la plus mobilisatrice et pourtant méconnue du débat français. La pollution de l'air liée à la combustion des fossiles tue, massivement et silencieusement.
Au niveau mondial, la combustion des fossiles est responsable de l'essentiel des émissions de particules fines, qui tuent autour de 5 millions de personnes par an.
En France, Santé publique France estime à 40 000 le nombre de décès annuels attribuables aux PM2.5, avec une perte d'espérance de vie de huit mois en moyenne pour les personnes de plus de trente ans. À cela s'ajoutent environ 7 000 décès liés au dioxyde d'azote, principalement issu du trafic routier. Comme pour les canicules, on ne parle pas de “morts simplement avancées” : on n’a pas de “creux” de mortalité ensuite. On tue plus. Point.
L'expérience parisienne est instructive. Sur dix ans, la pollution a baissé d'environ 40%. Les morts annuels liés à la qualité de l'air sont passés d'environ 10 000 à 6 000. L'espérance de vie a augmenté de plusieurs mois. Et tout cela sans avoir attendu l'accord de Pékin, de Riyad ou de Washington.
C'est ce que l'épidémiologiste Kévin Jean appelle les politiques sans regret : on gagne à coup sûr, quoi que fassent les autres pays. On gagne sur le climat, sur la santé publique, sur le système de soins (qui supporte une part de ces morts évitables), sur l'espérance de vie en bonne santé.
Pour donner un ordre de grandeur, 40 000 morts par an en France, c'est un Bataclan tous les deux jours. Le débat public ne traite pas ces deux types de morts avec la même attention.
C'est l'angle mort du discours techno-rassuriste sur la transition, et probablement le risque politique numéro un.
Chaque crise pétrolière fragilise d'abord les ménages les plus modestes. Le mouvement des Gilets jaunes a démarré sur une taxe portant sur le carburant, dans des territoires où la voiture n'est pas un choix mais une condition d'accès au travail. La hausse du gaz post-2022 a fait basculer des centaines de milliers de ménages dans la précarité énergétique. A provoqué le décès de dizaines de milliers de personnes du fait de la spéculation sur les denrées alimentaires.
Magalie Régé-Dazid parle de verrouillage. Beaucoup de Français ne sont pas réfractaires au changement, ils sont enfermés. Enfermés dans des banlieues dépendantes de la voiture, dans des passoires thermiques, dans une alimentation industrielle peu chère et peu saine. Demander à ces ménages de changer, sans toucher à ce qui les enferme, revient à leur demander une chose qu'ils ne peuvent simplement pas faire.
Elle propose une grille en trois temps : devoir, vouloir, pouvoir. Les politiques publiques travaillent surtout sur les deux premiers :
la loi (devoir)
et la communication (vouloir).
Le troisième, le pouvoir (au sens des conditions matérielles qui permettent réellement de changer), reste très largement en friche.
Et tant que le pouvoir reste en friche, ce que nous appelons acceptabilité n'est qu'une résignation déguisée.
On ne contraint pas sans solution potentiellement accessible. Il ne faut pas penser mesure par mesure, mais bien un ensemble de mesures, afin de changer les règles du jeu : avoir une portée systémique.
Une étude publiée dans Science en août 2024, conduite à partir de la base de données de l'OCDE recensant l'ensemble des politiques climatiques mondiales, a évalué 1 500 mesures mises en œuvre dans 41 pays entre 1998 et 2022.
Le résultat est limpide : seules une soixantaine (sur 1500 !) ont produit des réductions d'émissions substantielles. Et 70% de ces succès reposaient sur des combinaisons de politiques agissant en système, et non sur des mesures isolées.
Autrement dit, ce ne sont pas les ‘mesurettes' contradictoires qui fonctionnent - c'est la cohérence systémique d'un dispositif pensé d'ensemble.
Fermer le train de nuit pour Vienne mais financer l’ouverture d’une nouvelle ligne aérienne avec le même parcours n’est pas une très bonne idée de notre gouvernement, par exemple.
L'Europe est en quasi-récession industrielle depuis 2022, en grande partie à cause du gaz cher. Les sites énergivores (chimie, métallurgie, ciment, verre, papier) sont allés produire ailleurs, ou ont fermé. Cette dépendance aux hydrocarbures importés est un handicap de compétitivité majeur dans une décennie où les États-Unis subventionnent leur industrie (Inflation Reduction Act, CHIPS Act) et où la Chine domine les chaînes de valeur de l'électrification.
L'inverse est aussi vrai.
Une électricité décarbonée, abondante, locale et stable est un avantage compétitif décisif.
La France l'a, partiellement, grâce à son nucléaire et à son mix d’énergies renouvelables . Le bilan RTE 2025 est de ce point de vue éloquent : 521 TWh de production bas-carbone, 95,2% du mix, 92 TWh exportés (un record absolu), des recettes d'export valorisées en milliards d'euros (de l’ordre de 5 à 10% de nos importations d’énergies fossiles), et l'un des contenus carbone les plus faibles d'Europe.
L'outil industriel est là. Reste à l'utiliser comme projet politique.
Le pas suivant est de penser à l'échelle où il peut tenir : l'Europe.
L'Union européenne pèse autour de 17% du PIB mondial, autant que les États-Unis, est le premier marché du monde, et concentre l'une des plus fortes épargnes au monde. Elle dispose d'un marché unique, d'une banque centrale crédible, et d'un noyau de pays déjà engagés dans la sortie des fossiles : l'Espagne (qui a passé le cap symbolique des 50% de renouvelables sur certains mois), les pays scandinaves, l'Allemagne (malgré sa sortie accélérée du nucléaire au profit du gaz initié par Schröder, depuis parti travailler pour une société gazière russe), la France et son mix décarboné.
Au-delà de l'Europe, des partenaires alignés existent : le Maroc, qui investit massivement dans le solaire et l'éolien, le Chili et le Costa Rica, l'Inde sous certaines conditions, des pays africains (Kenya, Égypte) qui voient dans la transition une opportunité industrielle. La logique est de créer une coalition non symbolique, qui pèse économiquement. Il ne s’agit pas d’une alliance telle que l’Union Européenne avec des États très éloignés par bien des aspects, mais bien une convergence d’intérêts : les pays ayant pour objectif de sortir de leur dépendance aux énergies fossiles.
L'objectif n'est pas d'isoler les États-Unis, le Golfe et la Russie. C’est une conséquence potentielle. L’objectif est de créer une masse critique qui rend la transition plus rapide qu'attendue, et qui place les retardataires en position défensive : forcés de bouger pour ne pas perdre leurs marchés, leurs technologies, leurs talents.
Trois leviers, trois échelles.
Sur le plan diplomatique, l'autonomie énergétique devient un argument de souveraineté plus puissant que la dépendance à un fournisseur. Cela change la nature des alliances : on ne se lie plus parce qu'on a besoin du robinet, mais parce qu'on partage un projet.
Sur le plan industriel, c'est une politique européenne assumée sur les batteries, les panneaux, les électrolyseurs, le nucléaire de nouvelle génération si les pré-études montrent sa compétitivité, le traitement des terres rares. La doctrine américaine (IRA), russe et chinoise (Made in China 2025) prouvent que le libéralisme pur n'existe plus nulle part sur ces sujets stratégiques. L'Europe a perdu une décennie à le nier.
Sur le plan monétaire, l'euro peut jouer un rôle qu'il n'a jamais joué : celui de monnaie de réserve d'une zone post-pétrolière. C'est ici que les eurobonds verts entrent en jeu.
L'idée peut sembler abstraite.
Les pays producteurs d'hydrocarbures du Golfe (Arabie saoudite, Émirats, Qatar, Koweït) savent où en est la trajectoire physique du pétrole. Ils investissent eux-mêmes massivement dans le solaire, l'hydrogène et le nucléaire. Leur problème est patrimonial autant qu'idéologique : transformer une rente actuelle (les barils) en richesse pérenne, dans une économie mondiale qui s'électrifie.
Pour cela, ils ont besoin de placements stables, dans une monnaie qui ne soit pas utilisée comme arme géopolitique (ce que devient le dollar à mesure que les sanctions se multiplient), auprès d'un partenaire crédible.
Les eurobonds verts pourraient être ce produit.
Concrètement : des obligations européennes mutualisées, libellées en euros, dont les recettes financeraient les piliers de la souveraineté énergétique européenne (industrie solaire, batteries, électrolyseurs, terres rares, nucléaire, rénovation thermique, mobilité décarbonée), et une part la défense européenne, qui aurait précisément vocation à protéger nos possibles alliés (y compris du Golfe) des foucades des grandes puissances impériales.
Trois conditions pour que ce schéma tienne.
D'abord, un marché obligataire européen suffisamment profond.
C'est techniquement possible si l'Union accepte d'émettre dans la durée, comme elle l'a commencé avec le programme NextGenerationEU, et que, au Parlement Européen, la droite (uniquement française, de François-Xavier Bellamy) et l’extrême droite (européenne) veulent défaire.
Ensuite, un accord-cadre entre l'UE et les pays producteurs structurant les échanges en euros (et plus seulement en dollars). C'est un changement de paradigme aussi important que les accords de Bretton Woods en 1944.
Enfin, une politique industrielle européenne digne de ce nom, qui assume des préférences de marché, des subventions ciblées et un protectionnisme sur les chaînes critiques.
La fenêtre se ferme.
Les pays du Golfe regardent vers Pékin, qui leur propose un partenariat industriel et monétaire concurrent. Si l'Europe ne se positionne pas, d'autres le feront.
L'objection naturelle est : “c'est joli, mais c'est inatteignable”.
C'est ici que le précédent du Plan Marshall est utile pour rappeler ce qu'une volonté politique peut faire en quelques années.
Entre 1948 et 1952, 13,3 milliards de dollars (environ 150 milliards d'aujourd'hui) ont été transférés à 17 pays européens. Surtout, ce plan a déclenché une mobilisation de l'épargne européenne dans une logique de course à la puissance. La Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA, 1951) puis Euratom (1957) ont été conçus comme des outils de reprise de contrôle des intrants énergétiques de l'époque (charbon, charbon-acier, atome).
L'épargne européenne aujourd'hui est l'une des plus élevées au monde (autour de 14% du revenu disponible brut des ménages, contre 4 à 5% aux États-Unis). Elle dort en grande partie dans des produits peu utiles à la transition. Elle finance grandement les États-Unis.
L'Europe a déjà mobilisé son épargne pour sa souveraineté, dans des conditions matérielles infiniment plus difficiles que les nôtres. La même chose est faisable pour la souveraineté énergétique post-pétrole.
Tout ce qui précède s'effondre si le contrat social n’est pas transformé et désiré par la population.
Le risque est connu : si la transition se fait contre les ménages précaires (par des taxes sans accompagnement, par des contraintes sans alternatives accessibles, par des injonctions sans pouvoir d'agir), elle se fera contre la démocratie. Les Gilets jaunes l'ont montré. Les votes d'extrême-droite dans les territoires les plus dépendants à la voiture le confirment.
La sortie est connue, elle aussi : conditionnalité des aides (aider mieux et plus quand on en a moins), MaPrimeRénov' réformée pour cibler vraiment les passoires thermiques détenues par des bailleurs, leasing social pour les véhicules électriques étendu et pérennisé, gratuité des transports publics pour les scolaires, étudiants et jeunes actifs et les ménages modestes, accompagnement individualisé sur la rénovation et la mobilité.
Une formulation me reste de Magalie Régé-Dazid : ce que les citoyens demandent n'est pas qu'on leur fasse accepter, c'est qu'on leur donne les moyens de choisir.
C'est aussi ce qui rend le projet transpartisan.
Une politique du pouvoir (au sens des moyens matériels) parle à la gauche sociale.
Une politique de souveraineté énergétique parle à la droite gaulliste.
Une politique industrielle parle à tout le monde.
Une politique de santé publique parle à tout le monde.
Quelques éléments concrets pour rendre le projet tangible.
Logement.
Une étude du Commissariat général au développement durable, France Stratégie et SGPI publiée en mars 2022 chiffre à 7 500 euros par an et par logement les bénéfices socio-économiques d'une rénovation thermique profonde, en cumulant économies de coûts de soin, amélioration du bien-être et réduction du risque de mortalité. À l'échelle du parc, la rénovation des 1,3 million de passoires identifiées comme présentant un risque sanitaire significatif permettrait d'éviter environ 10 milliards d'euros de coûts de santé annuels et 2 200 décès par an.
➡️ Les passoires thermiques cumulent inégalité sociale, vulnérabilité énergétique et impact santé. C'est un excellent levier du point de vue du ratio gain/effort.
Mobilité.
En France, 74% des actifs en emploi se rendent au travail en voiture, et même 42% de ceux qui résident à moins d'un kilomètre de leur lieu de travail. Pour les trajets de moins de 5 kilomètres, la voiture représente encore 60% des déplacements. Le report modal vers la marche, le vélo et les transports collectifs n'est pas une lubie écologiste, c'est un gain de santé publique.
✅ Les travaux du projet PHILoCTET (ENS-PSL, Cnam, INSERM), conduits notamment par Léo Moutet, estiment qu'un scénario de neutralité carbone fondé sur la sobriété et les mobilités actives pourrait éviter de l'ordre d'une centaine de milliers de décès par an à l'horizon 2040 - tous co-bénéfices confondus (qualité de l'air, activité physique, alimentation).
❌ À l'inverse, un scénario techno-solutionniste avec étalement urbain entraînerait 52 000 décès supplémentaires par rapport à la tendance, par la simple réduction des distances marchées. C'est l'ordre de grandeur d'une politique de santé publique majeure.
Alimentation.
Toutes catégories confondues, les Français consomment en moyenne deux fois plus de viande que ce que recommandent les nutritionnistes (Réseau Action Climat et Société Française de Nutrition plaident pour 450 g/semaine maximum toutes viandes hors charcuterie, contre une consommation moyenne actuelle de l'ordre de 900 g).
➡️ Réduire en moyenne, sans besoin de supprimer, est gagnant sur le climat, sur le pouvoir d'achat, sur la biodiversité, sur la santé cardiovasculaire et métabolique.
✅ L'expérimentation conduite par l'INRAE au Crous Montmuzard de Dijon a montré qu'en doublant simplement l'offre végétarienne (de 24% à 48% des plats), le choix des étudiants pour le végétarien passe de 23% à 45%, sans baisse de satisfaction et avec une réduction de 21% de l'empreinte carbone des repas servis.
✅ À Mouans-Sartoux, où les cantines sont 100% bio depuis 2012 et proposent 50% de repas végétariens depuis 2022 (à coût constant), 71% des habitants ont modifié leurs habitudes alimentaires en cinq ans, avec une baisse de 23% de la consommation de viande et un taux d'obésité infantile inférieur de 45% à la moyenne nationale. Le levier existe et il est documenté.
Industrie.
L'hydrogène vert pour l'acier (réduction directe), les engrais (urée, ammoniac), la chimie lourde. Une électricité bas-carbone abondante en est la clé. La France part avec un avantage à activer.
Pour mémoire (le sujet a été développé en détail dans l'article 2 de cette série), cinq leviers clés pour une énergie bas-carbone et compétitive :
Sobriété : faire moins, faire autrement, repenser les usages.
Efficacité : faire mieux à service rendu équivalent (isolation, rendements, électronique de puissance).
Électrification : substituer aux fossiles dans les transports, le chauffage et l'industrie quand cela a du sens technique et économique.
Production bas-carbone : nucléaire, renouvelables, hydroélectrique, et bientôt hydrogène vert.
La flexibilité et l'autoconsommation. Faire baisser le coût du joule au point de consommation, par les usages pilotables, le stockage local, l'effacement et le partage en réseau. Ce levier-là est probablement celui où l'Europe peut le plus se différencier industriellement.
Le projet européen post-pétrole est crédible parce que ses pièces existent : l'épargne, le marché, la technologie, l'expérience, et un noyau d'États alignés.
Il manque l'orchestration politique, et le travail patient consistant à nommer ce que beaucoup veulent déjà confusément, sans les mots-valises qui découpent les électorats au lieu de les rassembler.
J'ai écrit cette série dans l'inquiétude, mais pas dans le fatalisme.
Le détroit d'Ormuz nous a rappelé un fait que nous avions oublié : nos sociétés tiennent par un fil très fin, qui passe par des routes maritimes, des contrats gaziers, des mécanismes de prix dont nous ne maîtrisons rien.
C’est une invitation à reprendre la main, ensemble, sur ce qui nous tient.
Le monde décarboné, comme le dit Christophe Cassou, peut être un très beau monde, à condition que nous prenions le temps de le dessiner, et la peine de le construire.
Nous avons les moyens.
Nous avons des alliés.
Nous avons l'urgence.
Reste à porter ce projet à toutes les échelles où chacun peut agir : l'engagement associatif, le politique local, l'entreprise, et nos échanges au quotidien.
Préférer les sources nuancées et les formats longs aux éditorialistes qui simplifient à l'extrême.
Préférer l’action lucide plutôt que le désespoir et la sidération.
Le travail de rassemblement plutôt que la mêlée.
Cela demande un effort.
Mais le statu quo en demande davantage, pour des résultats nettement plus désagréables.
À très bientôt.
Comme toujours, vos retours m'intéressent. Je vous en remercie, même si je réponds parfois (très) tardivement. C'est la conversation qui rend ces sujets utiles, précisément parce qu'elle aide à réfléchir.