Désordre politique ou rupture institutionnelle ? La distinction est essentielle. On peut être en désaccord avec un programme sans que la démocratie soit en danger. Mais quand un parti s'attaque aux règles du jeu elles-mêmes, le risque change de nature. Grille de lecture citoyenne.
J'avais écrit l'essentiel de cet article en décembre dernier. Je comptais le publier dans l'accalmie qui suit d'ordinaire les municipales, avant que la présidentielle de 2027 ne monopolise l'espace. Le décès de Quentin Deranque m'a d'abord fait penser que ce n'était pas le moment. Son instrumentalisation m'a convaincu de l'inverse. Il est urgent. Il est déjà trop tard.
Ce qui s'est passé
Le 12 février 2026, deux groupes de jeunes hommes cagoulés et armés se sont affrontés. D'un côté, des militants d'extrême droite venus en soutien du collectif identitaire Némésis. De l'autre, des militants antifascistes. Quentin Deranque, 23 ans, est tombé. Ses “amis” l’ont fait marcher un kilomètre, sans appeler les secours. Deux jours plus tard, il est mort.
C'est un drame. Quels que soient ses engagements, un homme de 23 ans a été battu à mort. Ses auteurs devront répondre de leurs actes devant la justice. Je n'ai aucune ambiguïté sur ce point.
Ce que l'on fait de cette mort dans le débat public est un autre sujet, une illustration s’il en faut, du sujet que cet article voulait explorer.
(Et si votre intérêt se porte plutôt sur les groupes fascistes, antifascistes, et cet incident spécifique à Lyon, cette émission de France Culture devrait vous éclairer sur cette expérience lyonnaise qui est réminiscente de mes années d’étudiant lyonnais.)
Ce qu'on peine à nommer
Quentin Deranque n'était pas un “jeune homme engagé” parmi d'autres. Il était militant identitaire nationaliste. Ses camarades royalistes et d'Action française le reconnaissent comme tel. Il avait cofondé Les Allobroges, un groupe néofasciste. Catholique de l'intransigeantisme, un courant religieux intégriste qui rejette les Lumières. Le 10 mai 2025, il défilait cagoulé à Paris au rassemblement du Comité du 9 mai - le rendez-vous annuel des mouvances néonazies, désormais rendez-vous d’ampleur européenne. Un millier de militants avaient marché au pas sous des drapeaux ornés de croix celtiques et de runes, aux côtés de délégations néonazies allemandes, hongroises, italiennes et espagnoles, derrière des tambours des jeunesses hitlériennes.
Ce que tout le monde fait
Peu importe qui a commencé cette bagarre, quelqu'un a été battu à mort. L'heure devrait être à l'enquête, à la justice, et au recueillement. Au lieu de cela, chacun ajoute de l'huile sur le feu.
Le gouvernement pointe LFI comme responsable moral, tout en laissant prospérer la violence dans ses propres effectifs policiers et en refusant de nommer celle qui vient de l'extrême droite.
LFI compte dans son groupe un député - Raphaël Arnault - qu’elle se refuse à exfiltrer malgré les pressions extérieures rappelant qu’il a été condamné pour violences en réunion pour avoir poussé et plaqué contre un mur une personne qu’il dit tâchait de nuire à une manifestation lesbienne.
Marion Maréchal affirme que “la violence d’extrême droite n’existe pas statistiquement”.
Le RN, multi-condamné dans ses membres, instrumentalise un mort dont les engagements néofascistes sont soigneusement gommés du récit, Jordan Bardella exigeant un “cordon sanitaire” autour de LFI. Le renversement est opéré.
Renaissance et LR y ajoutent leur partition électorale, à quelques semaines des municipales. la ministre Aurore Bergé empruntant au lexique de Charles Maurras pour dire de LFI qu’il s’agit d’un “parti de l’Anti-France” (expression désignant comme “ennemis de l’intérieur” : juifs, franc-maçons, métèques et protestants). Citer Maurras était jusqu’alors l’apanage unique d’Éric Zemmour. Le renversement est complet.
Au final, tout le Parlement de Renaissance au Rassemblent National applaudit ensemble tout propos qui vilipende LFI, peu importe les faits associés au décès de Quentin Deranque.
Pendant ce temps, qui se souvient d'Ismaël Aali ? Vingt ans, retrouvé mort le 6 janvier dans un étang au sud de Lyon. Le parquet a ouvert une information judiciaire pour “meurtre commis en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion”. Un homme a été écroué. Dans son téléphone, des vidéos et des échanges à caractère raciste. Pas d'indignation gouvernementale. Pas de couverture médiatique nationale continue.
Le 17 février, le jour même où l'on rend les honneurs à Quentin Deranque par une minute de silence à l’Assemblée Nationale, un militant du Rassemblement national et ancien candidat aux législatives, se retranche chez lui, ouvre le feu sur des policiers et lance quatre grenades - dont des grenades à portée létale de cent mètres. Chez lui : une vingtaine d'armes chargées, une mitraillette, des milliers de munitions. Les démineurs parlent de “carnage” évité de justesse. Aucun plateau télévisé n'en fait un débat national.
L'extrême droite tue, en France, entre trois et dix fois plus que l'extrême gauche. Et pourtant, c'est la gauche qu'on somme de se justifier. C'est l'antifascisme qu'on criminalise. La marche d'hommage à Lyon rassemble des milliers de personnes, ponctuée de saluts nazis et de slogans racistes signalés par la préfecture elle-même - et le débat national porte sur LFI.
Le retournement d'image est parachevé.
Le point de bascule
Le 17 février 2026, l'Assemblée nationale a rompu son engagement à ne plus observer de minutes de silence pour des cas individuels.
Sur proposition d'Éric Ciotti, allié du Rassemblement national, la quasi-totalité des groupes parlementaires se sont levés. Y compris LFI, qui n'a pas osé refuser de peur du retour de bâton médiatique. Seule une femme ne s’est pas levée.
“Personne ne devrait mourir à 23 ans. Personne ne devrait mourir pour ses idées”, a déclaré Yaël Braun-Pivet.
Pour ses idées.
Quelles idées ?
Celles qui l'amenaient, neuf mois plus tôt, à défiler cagoulé dans un cortège néonazi ? Celles du groupe qu'il avait cofondé, dans la mouvance néofasciste lyonnaise ? Celles qui faisaient de lui un compagnon de route de l'Action française et des identitaires ?
Personne ne devrait mourir dans une bagarre, oui.
C’est un drame, oui.
Et voici donc la représentation nationale, debout, une minute, en hommage à un militant qui défilait sous les runes et les croix celtiques aux côtés de néonazis venus de toute l'Europe.
Ce n'est pas une minute de silence. C'est un point de bascule.
Quand les institutions de la République rendent les honneurs à un militant néofasciste sans même nommer ce qu'il était, quand la pression de l'extrême droite suffit à faire plier l'ensemble des groupes politiques, quand la gauche elle-même n'ose pas dire non - alors il devient temps pour moi de sortir un article, car je ne sais plus quoi faire d’autre.
Le spectre de la guerre civile infuse dans l'opinion. Il travaille 40% des Français. On n'en est pas là, pas du tout. Mais cette peur est tout de même fabriquée, entretenue, instrumentalisée. Et pendant qu'elle occupe tout l'espace, on oublie de lire les programmes. On ne retient que les paroles. On oublie de prendre un pas de recul.
Il est temps de sortir du bruit. De revenir aux écrits. De ne plus confondre les tweets et les programmes. C'est ce que cet article tente de faire.
Salut à toutes, et à tous,
La démocratie est la pire forme de gouvernement à l'exception de toutes les autres qui ont été essayées au fil du temps.
La phrase de Winston Churchill est célèbre. On la cite souvent pour conclure un débat, je vous propose de nous en servir pour en ouvrir un.
La démocratie n'est pas un idéal accompli, c'est un moindre mal qu'il faut sans cesse défendre et réparer. Et pour la défendre, encore faut-il savoir ce qui la menace - et distinguer une menace d'un simple désagrément.
On oppose souvent “les extrêmes” comme si tous les dangers politiques étaient symétriques. C'est une analyse risquée.
Cet article vise à rappeler qu’un danger politique (un programme qu'on juge mauvais, une stratégie qu'on trouve irresponsable) se corrige par l'alternance. C'est le fonctionnement normal de la démocratie.
Un danger institutionnel (la remise en cause des contre-pouvoirs, de l'égalité devant la loi, de l'indépendance judiciaire) est d'une autre nature : une fois les verrous sautés, l'expérience montre que le processus est difficilement réversible.
En appliquant cette grille à la scène politique française, l’article propose de distinguer trois niveaux de risques : le RN porte un risque institutionnel explicite, inscrit dans son programme. Le macronisme porte un risque institutionnel par la pratique, en fragilisant les mécanismes démocratiques qu'il prétend défendre. LFI porte un inconfortable risque de désordre politique.
Avant d'entrer dans l'analyse, un détour s'impose. Celui de l'autocritique.
La tyrannie naît d'un excès de liberté, lorsque le désir d'être libre de toute contrainte se retourne en son contraire et appelle un maître fort.
- Platon
Cette phrase gratte. C'est sa fonction. Elle nous rappelle que la démocratie porte en elle ses propres failles : le risque que la liberté engendre le chaos, que l'ignorance nourrisse la démagogie, que la lassitude appelle la main forte. Platon le théorisait il y a 2 400 ans. On vit le phénomène maintenant.
Il serait malhonnête de défendre la démocratie sans reconnaître ces fragilités. On ne soigne pas ce qu'on refuse de diagnostiquer. Mais ces fragilités ne sont pas des condamnations. Elles sont des points de vigilance. Et c'est précisément parce que la démocratie est vulnérable qu'il faut apprendre à distinguer ce qui la fragilise de ce qui la détruit.
La capacité de l'homme à faire preuve de justice rend la démocratie possible, mais son penchant pour l'injustice rend la démocratie nécessaire.
- Reinhold Niebuhr
On va poser quelques principes. Pas des opinions. Des principes.
Ceux qu'on trouve dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, dans la Constitution de 1958, dans la Convention européenne des droits de l'homme. Des textes qui ne sont ni de gauche, ni de droite. Qui ont été écrits pour protéger chacune et chacun d'entre nous, y compris - surtout - contre la majorité du moment.
La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.
- Albert Camus
C'est à partir de ces principes qu'on peut construire une grille de lecture. Non pas pour savoir quel parti est “le bon” : c'est une question de préférence politique, et chacun est libre. Mais pour distinguer ce qui relève du désaccord démocratique ordinaire de ce qui menace les conditions mêmes du désaccord démocratique.
Un danger politique, c'est un parti dont on pense que le programme est mauvais. Des choix économiques contestables, des réformes sociales discutables, une politique étrangère défavorable à nos convictions. C'est désagréable, parfois inquiétant. Mais c'est le jeu. L'alternance permet de corriger. C'est pour cela que la Ve République a été pensée.
Un danger institutionnel, c'est autre chose. C'est une pratique du pouvoir qui s'attaque aux règles du jeu. Aux contre-pouvoirs. À l'indépendance de la justice. Au pluralisme de l'information. À l'égalité devant la loi. Là, le problème n'est plus le contenu des décisions : c'est la capacité même de les contester, de les corriger, de les renverser.
La Hongrie de Viktor Orbán en est l'illustration la plus commentée. Des élections ont toujours lieu. Les formes démocratiques subsistent. Mais les contre-pouvoirs ont été méthodiquement neutralisés. Le retour en arrière, s'il est théoriquement possible, est devenu difficile.
Aux États-Unis de Trump, le Président passe outre son parlement en gouvernant par décret, il dénigre ses contradicteurs, redéfinit les cartes électorales, a placé ses proches idéologiques dans l’équivalent du Conseil Constitutionnel, vire les responsables d’administration qui publient des données qui lui déplaisent.
C'est cette grille - danger politique vs. danger institutionnel - qu'il faut appliquer, froidement, à la scène française.
Le Rassemblement national porte dans son programme des propositions qui, prises au sérieux, modifient la nature du régime. Ce n'est pas une interprétation. C'est une lecture de ce qui est écrit.
La “priorité nationale” que le RN propose d'inscrire dans la Constitution crée deux catégories d'individus sur le même sol, avec des droits inégaux. Exclure des résidents légaux de l'accès au logement social, par exemple, contrevient à l'article 1 de la Constitution : “La France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine”.
Pour l'appliquer, il faudrait contourner le Conseil constitutionnel - probablement via un référendum selon l'article 11, ce que la doctrine juridique juge inconstitutionnel. Ce serait briser le pacte républicain qui repose sur l'universalité des droits.
Le RN remet régulièrement en cause la légitimité du Conseil constitutionnel, présenté comme un “frein à la volonté du peuple”. On peut vouloir améliorer cette institution. Mais proposer de supprimer l'arbitre quand on n'a pas encore le ballon, c'est annoncer qu'on ne veut plus de règles le jour où l’on se verra passer la balle.
En parallèle, le projet de privatisation de l'audiovisuel public supprimerait la seule source d'information non soumise aux intérêts commerciaux et aux logiques d'audience. Dans un paysage médiatique déjà concentré, c'est accélérer l'affaiblissement du pluralisme - donc du débat éclairé, donc de la démocratie.
La “présomption de légitime défense” pour les forces de l'ordre inverserait la charge de la preuve. Aujourd'hui, l'usage de la force doit être “absolument nécessaire” et “proportionné”. Demain, ce serait à la victime de prouver que le policier n'était pas en légitime défense. Soustraire la police au contrôle du juge, c'est créer un régime d'exception qui menace la sécurité juridique de chacun d'entre nous, ainsi que le droit à la vie protégé par la Convention européenne des droits de l'homme.
L'interdiction de certains emplois aux binationaux installe une présomption de déloyauté envers des millions de citoyens français en raison de leur origine. Cela contrevient au principe fondamental selon lequel un Français est un Français.
Ironiquement, cette mesure ne ferait rien pour sanctionner ceux qui ont effectivement servi des intérêts étrangers. François Fillon, ancien Premier ministre, a siégé aux conseils d'administration de deux entreprises russes - Sibur (pétrochimie) et Zarubezhneft (hydrocarbures) - dirigées par des proches de Vladimir Poutine. Il aura fallu que la Russie envahisse l’Ukraine pour qu’il en démissionne. Auditionné à l'Assemblée nationale par la commission d'enquête sur les ingérences étrangères, il a reconnu s'être trompé sur les intentions de Poutine, tout en relativisant la menace russe et en qualifiant les sanctions de “stupides et illégales”. Cette commission d'enquête avait été lancée par... le RN lui-même, pas le mieux placé pour parler d'ingérence russe. François Fillon est un cas spectaculaire : ce n’est pas tous les jours qu’un ancien chef de gouvernement devient salarié d’acteurs russes proches du pouvoir. Ce n’est peut être pas sa compétence sectorielle qui était valorisée. Ce n’était pas un binational. Un homme de réseaux, dont la nationalité n'est pas le problème. C'est le système de contrôle qui fait défaut, pas le droit du sang.
Rien de tout cela n'est caché. Le programme du RN est écrit. Il est proposé par voie législative. Il est défendu publiquement.
Le macronisme pose un problème différent mais pas anodin. Non pas par ce qu'il inscrit dans un programme, mais par ce qu'il fait du pouvoir une fois qu'il le détient.
Chaque fois que vous avez un gouvernement efficace, c'est une dictature.
- Harry Truman
La boutade de Truman éclaire un travers : la tentation de l'efficacité qui court-circuite la délibération. Le macronisme en est une expression contemporaine.
L'usage répété du 49.3 - notamment sur la réforme des retraites, contre l'avis de la majorité de la population et sans majorité parlementaire - n'est pas illégal. Mais il réduit le Parlement au rang de chambre d'enregistrement, vidant de sa substance le débat démocratique. Plus grave : les projections financières présentées au Parlement pour justifier la réforme se sont révélées contestées par le Conseil d'orientation des retraites lui-même, dont les scénarios ne corroboraient pas l'urgence invoquée. Le ministre en charge du dossier ne connaissait pas les modalités de sa loi, et la présentait de manière erronée aux députés. Contourner le vote ET s'appuyer sur des données discutables, c'est un double court-circuit démocratique. La dissolution aventureuse de 2024 relève de la même logique : une décision verticale, solitaire, dont les conséquences institutionnelles ont été considérables.
Le macronisme a érigé la division en méthode de gouvernement. Et ce n’est pas le seul. Le Président est en revanche le seul à avoir comme fonction, par la Constitution, d’incarner la nation. Deux exemples qui auront laissé de profondes fractures :
En janvier 2022, Emmanuel Macron déclarait au Parisien vouloir “emmerder” les non-vaccinés contre la COVID, ajoutant que “un irresponsable n'est plus un citoyen” [1]. Le garant de l'unité nationale choisissait, en pleine crise sanitaire, de dresser les Français les uns contre les autres. Il visait tout particulièrement les Antilles, où le taux de vaccination était faible. Ce n'est pas anodin quand on sait que la défiance vaccinale aux Antilles est indissociable du scandale du chlordécone - un pesticide que l'État a autorisé pendant des décennies et dont Macron lui-même disait en 2018 qu'il n'était “pas cancérigène”, au mépris des données scientifiques et du record mondial de densité de cancers de la prostate que détient la région. Quand la confiance est brisée par l'État, ce n'est pas en “emmerdant” les gens qu'on la reconstruit. Ce n’est pas par l’insulte et la défiance qu’on permet à la vaccination d’être acceptée par ceux que l’on devrait apaiser puis convaincre plutôt qu’insulter.
En Nouvelle-Calédonie, lors de négociations avec les indépendantistes et loyalistes, le président a affirmé que “la population française” choisirait le destin du territoire par “référundum”, une formulation en contradiction avec le principe de libre détermination des peuples inscrit dans les accords de Nouméa et dans le droit international. Ce fut le début des violentes émeutes. Deux jours plus tard, pour apaiser la situation, le gouvernement choisira d’envoyer l’armée, et d’imposer la première censure d’Internet de France. Dix jours plus tard, le Président accédera à la demande des émeutiers : un report de quelques semaines, le temps de mener à bien des “mission de médiation et de travail” impliquant toutes les parties. Les émeutes cesseront. Elles ont coûté la vie à quatorze concitoyens et plongé la Nouvelle-Calédonie dans une crise durable. Les mots tuent.
C'est peut-être le point le plus structurant.
En février 2021, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, affirmait sur France 2 que Marine Le Pen était “trop molle” face à l'islam. Ce n'est pas une phrase anecdotique : c'est le ministre de l'Intérieur de la République qui valide publiquement la grille de lecture de l'extrême droite et se positionne à sa droite. Ce faisant, il normalise l'idée que le RN serait un interlocuteur insuffisamment radical - plutôt qu'un danger pour l'État de droit.
Mais on est ensuite passés de la banalisation à quelque chose de plus dangereux, dès lors que le seul objectif était non plus le maintien au pouvoir mais d’activement décrédibiliser les mouvements de gauche.
En 2022, lors des législatives, la communication de Renaissance martelait un seul message : “moi j’ai lu leur programme” disaient avec les mêmes mots différents ministres aux micros qui leur étaient tendus. D’après eux, la NUPES voulait “interdire aux gens de couper un arbre dans leur jardin”. C'était faux - mais c'était efficace. La NUPES proposait qu’il ne soit plus possible de couper secrètement des arbres pour les maires, et désormais qu’il faille faire une déclaration préalable en mairie avant de pouvoir couper les arbres d’alignement et autres “forêts urbaines”, dans l’objectif de maximiser les îlots de fraicheur.
En décembre 2023, la loi immigration en a fourni l'illustration législative. Le texte, massivement durci en commission mixte paritaire où dominaient Renaissance et Républicains, a été voté avec les 88 voix du RN. Sans ces voix, le texte aurait été rejeté - 261 voix pour, 274 contre. Marine Le Pen a aussitôt revendiqué “une incontestable victoire idéologique du RN”. La Première ministre Borne a affirmé que “la manœuvre du RN a échoué”. Le texte aura en partie été censuré par le Conseil Consitutionnel. Le Président de la République, interrogé à ce sujet, expliquait qu’il n’allait pas s’empêcher de faire voter un texte au prétexte qu’il n’était pas constitutionnel. C’est pourtant son premier rôle, par la Constitution : “Le Président de la République veille au respect de la Constitution”.
Bilan : l'exécutif a fait voter un texte avec l'extrême droite, l'a nié, puis a vu ce texte partiellement invalidé par l'institution qu'il prétendait défendre, fragilisant le Conseil Constitutionnel, décrié par LR et le RN comme empêchant la souveraineté du peuple de s’exercer.
C'est une séquence qui résume, à elle seule, l'érosion en cours.
2024, élections législatives anticipée. Les pronostics indiquaient un risque probable de majorité absolue, faisant basculer le pouvoir législatif aux mains du RN - sauf en cas d'union de la gauche. Trois jours après la dissolution, Emmanuel Macron avait indiqué qu’il ne ferait pas campagne. Il a tout de même choisit, comme rare engagement dans cette campagne, de critiquer exclusivement l’union de la gauche.
En marge d’un déplacement sur l’île de Sein le 18 juin 2024, rappelant l’esprit de la résistance contre le nazisme, donne sa lecture du programme de la gauche. La cible est claire. Ce n’est pas le RN.
“D'un côté vous avez l'extrême droite... de l'autre côté vous avez l'extrême gauche.”
Cette équivalence suit la même rhétorique que les années passées. On place un “égal” entre le RN d’une part et d’autre part l’alliance du PS, Ecolos, Generation·s, PCF, LFI, Place Publique et d’autres. Glucksmann et Olivier Faure sont donc d’extrême gauche, d’après le Président de la République.
La logique n’est pas nouvelle chez le Président. Mais il glisse ensuite dans une rhétorique nouvelle.
On coupe des sexes en mairie ?
Macron affirme que le Nouvel Front Populaire propose “des choses complètement ubuesques comme, par exemple, changer de sexe en mairie”. On excite. On divise. On trompe. On ne débat pas d'un programme - on fabrique un épouvantail.
Rappel des faits : aujourd’hui, il est nécessaire de passer par le Tribunal de Grande Instance pour changer de genre sur une carte d’identité. Le NFP proposait d’en faire une démarche administrative, en mairie, comme le font l’Espagne ou le Danemark, permettant de moins solliciter les tribunaux.
Danger “immigrationniste”.
Le programme du NFP serait, selon le Président de tous les Français, “totalement immigrationniste”. “Ils proposent d’abolir toutes les lois qui permettent de contrôler l’immigration”.
Le Président de la République n’a pas justifié son propos. Je ne peux que supposer ce qu’il commentait. On trouvait dans le programme du NFP : le maintien de l’Aide Médicale d’État (que l’exécutif avait promis à LR de restreindre ou supprimer), la régularisation des travailleurs sans-papiers des secteurs en tension, ainsi que des parents d’enfants scolarisés (la “jambe gauche” promise par le gouvernement dans la loi immigration de janvier 2024, qui n’a finalement pas vu le jour).
“Il n’y a plus de laïcité”
Dans un bel amalgame immigration et religion, le Président affirme : “Il n’y a plus de laïcité, ils reviennent sur la loi immigration”. Sur la laïcité, il est difficile de trouver quelque chose à redire du programme du NFP. C’était a priori un mensonge. Le seul lien que j’ai pu identifier, quelque peu capillotracté, est que le NFP proposait de moduler le financement public des écoles privées sous contrat en fonction de leur respect de la mixité sociale. Exactement la ligne du Ministre de l’Éducation Nationale Pap Ndiaye avant qu’il ne reçoive l’interdiction de conférence de presse et déclaration publique, peu avant d’être démissionné au profit de Gabriel Attal. Lui, choisira de parler prioritairement d’abaya.
Le programme du NFP : “quatre fois pire” que celui du RN sur le plan économique ?
Pesons les mots. C'est le président de la République qui désigne la gauche unie comme un danger supérieur à l'extrême droite. Pas égal. Supérieur. Sans justification. On rappellera qu’en 2024, Renaissance promettait des baisses d’impôts. Le “sérieux” économique des programmes n’est pas un débat clos.
La trajectoire est fascinante. En 2017, le candidat Macron ne dénigrait pas les autres, créait un élan autour d’une campagne optimiste et volontaire, promesse de réformes, de renouveau de la classe politique. En 2022, le Président oppose “nous ou les extrêmes”. En 2024, on est passés à “mieux vaut le RN”. Ce glissement n'est pas un accident. C'est une boussole qui a perdu le nord démocratique.
En refusant tout dialogue à sa gauche tout en banalisant le RN comme partenaire de gouvernement potentiel, le macronisme a objectivement contribué à la progression de l'extrême droite. Pas par idéologie - par calcul. Un calcul dont les effets institutionnels sont préoccupants.
Ce risque est plus diffus, plus difficile à nommer, parce qu'il ne viole pas les formes. Mais user les institutions de l'intérieur, tout en se revendiquant de leur défense, c'est une forme d'érosion démocratique qui mérite d'être prise au sérieux.
La France Insoumise fait peur. C'est indéniable. La véhémence du ton, la polarisation assumée, certaines ambiguïtés. On m’oppose toujours le même fait : Jean-Luc Mélenchon a participé en 2019 à la “Marche contre l'islamophobie”, parmi les organisateurs de laquelle figurait le Collectif contre l'islamophobie en France, un collectif dissous depuis par le ministère de l'Intérieur pour proximité idéologique avec les Frères musulmans.
Reconnaissons d'abord que l'islamophobie est un phénomène réel. Marcher contre elle n'est pas illégitime. Mais dans tout mouvement de colère, on croise des gens qu'on n'a pas choisis, et certains portent des projets qui ne sont pas les nôtres. C'est vrai dans toutes les manifestations, de tous les bords.
De la même manière, qu'un élu proche des Frères musulmans ait porté l'étiquette LFI est un fait. Qu'un individu proche d'une mouvance religieuse conservatrice choisisse le parti le plus à gauche de l'échiquier pour se présenter aux élections dit quelque chose sur le calcul de cet individu - pas sur le programme du parti.
Ces faits politiques sont critiquables. Elles relèvent parfois du clientélisme ou de l'aveuglement stratégique. Mais il faut bien distinguer des fautes politiques du projet de société. Et le clientélisme, toutes les familles politiques le pratiquent. Macron a été élu en 2022 avec le vote massif des retraités - 82% des plus de 70 ans au second tour - et sa politique a récompensé cet électorat. Ce n'est pas une accusation : c'est le fonctionnement de la politique, compte-tenu des règles du jeu. Ne réservons pas à LFI un traitement qu'on n'applique pas aux autres.
C'est la charge la plus grave portée contre LFI - et elle mérite d'être traitée avec rigueur, pas avec des raccourcis. L'antisémitisme est un fléau. Ses actes ont été multipliés par quatre depuis octobre 2023. Il doit être condamné sans ambiguïté, où qu'il se manifeste.
Qualifier un parti d'antisémite est une accusation d'une gravité extrême. Elle ne peut reposer que sur des faits solides, pas sur des amalgames.
La proposition de loi Yadan, portée par une députée Renaissance et cosignée par plus de 120 députés (dont François Hollande), prétend lutter contre "les formes renouvelées de l'antisémitisme". Elle a été soutenue par le RN. Mais elle a été critiquée bien au-delà de LFI : la Ligue des droits de l'Homme, l'Union juive française pour la paix, le collectif Tsedek, des dizaines de juristes et d'universitaires ont alerté sur le risque d'une confusion délibérée entre antisémitisme et critique de la politique d'Israël. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a annoncé qu'il voterait contre. Un professeur de droit international à l'ULB a conclu dans une note juridique détaillée que le texte “ne constitue pas un instrument de lutte contre l'antisémitisme, mais viendrait plutôt restreindre gravement la liberté d'expression”.
Opposer LFI aux juifs de France, c'est instrumentaliser la souffrance de ces derniers à des fins politiques. C'est, paradoxalement, essentialiser les juifs en les assignant à la politique d'un État - exactement ce que dénoncent les organisations juives elles-mêmes qui s'opposent à la proposition de loi Yadan, portée par Renaissance (dont l’article 4 criminalise certaines formes de qualification de génocide de l’action du gouvernement israélien. Concrètement, le sketch polémique de Guillaume Meurice tomberait immédiatement sous le coup de la loi, caractérisé d’antisémite.)
On a le droit de critiquer les positions de LFI sur le conflit israélo-palestinien.
On doit sanctionner sévèrement tout propos qui relève effectivement de l'antisémitisme.
Mais il faut cesser d'utiliser cette accusation comme une arme de délégitimation politique. C'est dangereux pour pour l’ensemble de la population, y compris, surtout, pour la lutte contre le véritable antisémitisme.
Pendant qu’on accuse LFI d’antisémitisme - aucun membre du mouvement n’a jamais été condamné à ce jour pour cela - on “normalise” par contraste ceux-là même qui sont pétris de xénophobie : Eric Zemmour, condamné pour incitation à la haine à de multiples reprises, ou le RN, trempé dans le GÜD. C’est l’antisémitisme qu’on ne combat pas en brandissant ce terme contre ceux que la loi n’a pas condamnés. Où réside l’antisémitisme ?
"Radiographie de l'antisémtisme", octobre 2024, par la Fondapol
On trouvera des individus xénophobes, racistes, antisémites et autres comportements illicites dans tous les mouvements politiques, à l’image de la population. L’expression ou l’angle prendra différentes formes. Est-ce vraiment à gauche qu’on en trouvera plus ? Les données désignent pourtant encore et toujours les électeurs du RN comme le plus perméables à ce comportement. LFI est néanmoins désignée par le pouvoir en place comme principale menace, au seul profit de l’extrême droite. Et pourtant… quels partis ont voté une loi qui décrit explicitement que les étrangers réguliers doivent être moins bien traités que les français ?
LFI n'a aucunement dans son programme l'instauration de la charia ou la fin de la laïcité. Ironie rarement relevée : LFI est à ma connaissance le seul parti à proposer l'abrogation du Concordat en Alsace-Moselle - c'est-à-dire la fin du financement public de tous les cultes, y compris musulman. Une position laïque radicale, au sens strict du terme.
Le risque LFI est un celui associé à la radicalité politique, à l'instabilité parlementaire, à la polarisation du débat. C'est inconfortable. Mais c'est un désaccord qui se tranche dans les urnes, dans le cadre des institutions existantes. Le désordre se répare par l'alternance. C'est exactement ce pour quoi nos institutions ont été conçues. Ce face à quoi elles sont robustes.
Les paroles, c'est bien. Les écrits, c'est mieux. Voici, point par point, ce que chaque force politique propose concrètement sur les sujets qui touchent aux fondements de l'État de droit.
RN | Renaissance | LFI | |
|---|---|---|---|
Conseil constitutionnel | Contourner via référendum art. 11 | Statu quo | Constituante pour une 6e République parlementaire |
Parlement | Statu quo | Statu quo (promesse répétée de proportionnelle) | Renforcement (régime parlementaire) |
Constitution | Inscrire la “priorité nationale” | Pas de réforme structurelle | Réécriture par convention citoyenne |
RN | Renaissance | LFI | |
|---|---|---|---|
Police | Présomption de légitime défense | Statu quo | Police de proximité |
Justice | Peines planchers | Moyens insuffisants | Renforcement moyens + indépendance |
Charge de la preuve | Inversée (à la victime, parfois décédée, de prouver) | Statu quo | Statu quo |
Contrôle des forces de l'ordre | Statu quo | Statu quo | Indépendance de l’IGPN |
RN | Renaissance | LFI | |
|---|---|---|---|
Audiovisuel public | Privatisation | Baisse des dotations | Renforcement |
Concentration dans le privé | Statu quo | Statu quo | Loi anti-concentration |
Indépendance des rédactions | Statu quo | Statu quo | Étendre le modèle du journal Le Monde aux autres rédactions |
Effet sur le pluralisme informationnel | Suppression de l'info non marchande | Érosion par sous-financement | Renforcement |
RN | Renaissance | LFI | |
|---|---|---|---|
Principe d'égalité | Deux catégories de droits (priorité nationale) | Deux catégories de droits (priorité nationale) | Statu quo |
Binationaux | Exclusion de certains emplois | Statu quo | Statu quo |
Laïcité | Instrumentalisée | Discours fluctuant | Renforcée par abrogation du Concordat |
On nous a habitués à penser en termes d'extrêmes symétriques. Un centre raisonnable, flanqué de deux dangers équivalents qu'il faudrait repousser d'un même geste.
Cette symétrie est fausse, et dangereuse, parce qu'elle empêche de voir que tous les risques ne sont pas de même nature.
Les outils de la démocratie - les contre-pouvoirs, la séparation des pouvoirs, l'indépendance de la justice, le pluralisme médiatique - ne sont pas des ornements. Ce sont des dispositifs de protection contre notre propre faillibilité collective. Les démanteler au nom de “la volonté du peuple”, c'est confondre la démocratie avec la dictature de la majorité.
Un parti qui propose un programme discutable, c'est la démocratie. Un parti qui s'attaque aux conditions mêmes de la démocratie, c'est autre chose. Et un pouvoir qui érode les institutions en prétendant les défendre, c'est peut-être le plus difficile à nommer - mais pas le moins préoccupant.
Cette grille n'est pas partisane. Elle repose sur un seul postulat : l'État de droit, les contre-pouvoirs, l'égalité devant la loi et l'indépendance de la justice ne sont pas des options idéologiques. Ce sont les conditions qui permettent à toutes les options idéologiques de s'exprimer. Qu'on soit de droite, de gauche, conservateur, libéral, écologiste ou souverainiste et tout mélange de cela - on a besoin d'un terrain de jeu dont les règles sont respectées pour pouvoir porter ses idées et espérer les voir un jour appliquées.
Défendre ces conditions, ce n'est pas choisir un camp. C'est veiller à ce que le pluralisme puisse continuer à exister. C'est s'assurer que demain, quelle que soit la majorité au pouvoir, il restera des juges pour contrôler, des médias pour informer, des citoyens pour contester, et des institutions pour permettre l'alternance.
C'est, en somme, défendre le droit de ne pas être d'accord - y compris avec cet article.
Et si aucun de ces trois blocs ne vous convient - ça tombe bien. Il existe d'autres forces politiques. De multiples familles écologistes, des socialistes, des communistes, des centristes indépendants, des mouvements citoyens. La démocratie ne se résume pas à un triptyque médiatique. On a le droit - et c'est même sain - de chercher ailleurs ce qui correspond à ses convictions.
Mais le jour du second tour, quand il ne restera que deux choix, prenons le temps de lire les programmes. Pas les tweets, pas les punchlines, pas les étiquettes. Les programmes.
Ce que chaque camp propose de faire, concrètement, des institutions, de la justice, de l'information, de l'égalité devant la loi. Ce qu'il écrit noir sur blanc. Et posons-nous la seule question qui vaille ce jour-là : lequel de ces deux projets préserve ma capacité à voter autrement la prochaine fois ?
Car c'est ça, au fond, la démocratie. Pas le triomphe définitif de nos idées. La possibilité permanente de les défendre.
Ce weekend, j'ai découvert que Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, avait pris le temps, entre deux accusations de “responsabilité morale” lancées à LFI, de tweeter ceci :
Dans ma circonscription, à Antony, une alliance réunit dès le premier tour #LFI et le reste de la gauche, à l'exception de Place publique. Là encore, l'heure de la clarification est venue.
C'est ma ville. C'est ma campagne. J'ai activement participé à construire cette union de la gauche. Que la porte-parole du gouvernement s'immisce dans une élection municipale de 62 000 habitants est un drôle d’honneur.
Mais puisqu'elle pose la question, permettez-moi d'y répondre.
À Antony, le maire actuel siège au conseil municipal depuis 43 ans. Parmi ses élus figure une personne issue du Rassemblement National. Cette année, pour la première fois, une liste entièrement d'extrême droite s'ajoute au scrutin, portée par Reconquête. Voilà le paysage politique local que Mme Bregeon ne mentionne pas.
Face à cela, oui, il faut une alternative à gauche. Et cette gauche doit être unie pour maximiser sa performance électorale et, pour la première fois depuis des années à Antony, passer au second tour pour que s’établisse vraiment le choix dans l’esprit des Antoniens et Antoniennes. Je ne veux pas d'extrême droite dans ma ville. Si cela nécessite une “clarification”, la voici.
Je m'allie avec toutes celles et ceux qui partagent un même programme, une même vision de la démocratie, et dénoncent toutes les violences. C'est ainsi que LFI, PS, PCF, Écologistes, Génération·s et le PRG soutiennent la dynamique citoyenne à laquelle j'appartiens. C'est un projet commun.
C'est la beauté de notre collectif citoyen d'union. Depuis 2019, il rassemble des citoyens et des partis, dans le strict respect de nos valeurs et de nos aspirations, au service de l'intérêt commun. C'est exactement ce que la démocratie locale est censée produire. Ce que cet article défend. Et ce que Mme Bregeon, visiblement, considère comme un problème.
Qu'une porte-parole du gouvernement juge menaçante l'union de citoyens de gauche dans une ville menacée par l'extrême droite - pendant que ce même gouvernement se fait applaudir par le RN dans l'hémicycle - résume, mieux que je ne saurais le faire, tout ce que cet article tente de démontrer.
En attendant, depuis son simple tweet, les menaces de mort et insultes sur les réseaux sociaux et dans la rue ont décuplé, et nos affiches de campagne sont désormais recouvertes de la couleur du sang ou de messages de haine.
Merci Madame la Ministre.
Oui, mon visage associé à un tag "LFI tue".
Lectures recommandées :
Gilles Finchelstein, “La Démocratie à l'état gazeux” (2025)
Thierry Pech, Guillaume Hannezo et Hakim El Karoui, “Marine Le Pen présidente - dystopie politique”.
[1] La chronologie du “j’ai très envie de les emmerder” est fascinante :
14 décembre 2021, Emmanuel Macron : “Dans certains de mes propos, j’ai blessé des gens. […] On ne fait pas bouger les choses si on n’est pas pétri de respect pour les gens”
2 janvier 2022 : “les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc, on va continuer à le faire, jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie. Je ne vais pas les mettre en prison, je ne vais pas les vacciner de force. Et donc, il faut leur dire : à partir du 15 janvier, vous ne pourrez plus aller au restau, vous ne pourrez plus prendre un canon, vous ne pourrez plus aller boire un café, vous ne pourrez plus aller au théâtre, vous ne pourrez plus aller au ciné… (…) L'immense faute morale des antivax : ils viennent saper ce qu'est la solidité d'une nation. Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n'est plus un citoyen.”
En gras les phrases généralement relayées dans les médias.
Il faut comprendre le contexte : ceci était en perspective d’un débat à l’Assemblée Nationale visant à transformer le Passe Sanitaire en Passe Vaccinal (présenter un test négatif ne suffit plus à aller aux lieux de loisirs et culture, il fallait désormais présenter une attestation de vaccination).
7 janvier 2022 : Le Président de la République affirme assumer “totalement” ces propos, à la veille d’un rassemblement contre le Passe Vaccinal.
24 janvier 2022 : entrée en vigueur du Passe Vaccinal
13 mars 2022 : arrêt du Passe Vaccinal
11 avril 2022 : dans les derniers jours de la campagne présidentielle, le Président se défend : “Je n’ai jamais dit que les non-vaccinés étaient des sous-citoyens ! Je n'ai jamais dit ça. Je ne l'ai jamais dit. Ce n'est pas ma formule.” Il ajoute : c’était “affectueux”.