Bonjour à toutes et à tous,
En cinquante ans, l'asthme et les allergies sont devenus la maladie chronique la plus répandue chez les enfants des pays industrialisés. On a d'abord cherché le coupable du côté de la pollution ou de la génétique. Une autre piste, accueillie au départ avec scepticisme, s'est depuis installée dans les revues d'immunologie : nous serions tombés malades d'avoir trop bien nettoyé notre monde.
L'idée vient de loin. En 1989, l'épidémiologiste David Strachan formule “l'hypothèse hygiéniste” : les enfants des familles nombreuses, plus exposés aux infections, font moins d'allergies. Trente ans plus tard, des chercheurs finlandais autour de Tari Haahtela et de l'écologue Ilkka Hanski la reformulent en termes plus larges, sous le nom d'hypothèse de la biodiversité : le contact avec une nature riche en micro-organismes nourrit notre microbiote, et ce microbiote apprend à notre système immunitaire à ne pas s'emballer. Privé de cette diversité (sols, animaux, plantes, alimentation vivante), le système se dérègle. La World Allergy Organization en a fait une position de référence.
La démonstration la plus citée vient des fermes. Trois grandes cohortes européennes, PARSIFAL, GABRIELA (plus de 8 000 enfants en Allemagne, Autriche et Suisse) et PASTURE (un suivi de naissance), ont comparé les enfants de ferme aux autres. Les premiers font nettement moins d'asthme, et sont exposés à une bien plus grande variété de microbes.
C'est ici qu'il faut se méfier des chiffres viraux : le “80% de risque en moins” qui circulait au printemps sur les réseaux sociaux ne correspond à aucune de ces études. Dans l'analyse publiée par le New England Journal of Medicine en 2011, la diversité d'exposition microbienne s'accompagne d'une baisse du risque d'asthme de l'ordre de 14 à 38% selon la cohorte. C'est considérable pour de la prévention, sans atteindre les promesses des posts qui circulent.
Restait une faiblesse : tout cela n’était que corrélationnel !
Peut-être les familles de ferme diffèrent-elles par mille autres choses. C'est pourquoi l'étude finlandaise de Marja Roslund, parue dans Science Advances en 2020, a marqué les esprits. Pour la première fois, des chercheurs ont manipulé la biodiversité d'un environnement urbain pour en mesurer l'effet. Dans des crèches dont la cour était bétonnée, ils ont apporté sol forestier, tourbe et plantes à toucher, puis laissé 75 enfants y jouer 90 minutes par jour.
Résultat ?
En 28 jours, leur microbiote cutané et intestinal s'était diversifié, et plusieurs marqueurs de régulation immunitaire (cellules T régulatrices, TGF-β1, rapport IL-10/IL-17A) s'étaient déplacés dans le sens d'un système mieux calibré.
Une réserve s'impose : l'étude porte sur un petit groupe et mesure des marqueurs biologiques, pas des cas d'asthme évités. Elle montre un mécanisme plausible, pas encore un résultat clinique.
Que faire de tout cela, ici, maintenant ?
Le point intéressant est qu'il ouvre une voie d'action peu coûteuse. Végétaliser une cour d'école, c'est-à-dire désimperméabiliser le sol et y ramener du vivant, est aujourd'hui justifié surtout par la lutte contre les îlots de chaleur comme contre les inondations. Paris prévoit ainsi plus de 200 “cours oasis” supplémentaires d'ici 2027. L'angle microbien ajoute une raison de santé publique qui ne dépend pas de la sensibilité climatique de chacun : c'est le type de mesure que la droite comme la gauche peuvent défendre, avec des bénéfices joints (fraîcheur, biodiversité, bien-être) et des risques quasi nuls.
Il faut se garder du raccourci inverse, celui qui ferait du jardin une ordonnance miracle.
L'asthme reste multifactoriel, et les traitements issus de ces recherches sont encore en développement.
Mais la direction est solide, et elle rejoint un fil que nous tirons souvent ici : la façon dont nos choix agricoles et urbains, des pesticides dans les champs au béton dans les cours, façonne en silence la santé de nos enfants. Nous avons passé un demi-siècle à aseptiser notre habitat. La question, désormais documentée, est de savoir ce que cela nous a coûté, et ce qu'on peut réparer.
