Professions de foi non distribuées, machines à voter aux scellés rompus, arrêté municipal dans les dernières heures, affiches vandalisées, débat refusé. Bienvenue dans les coulisses d'une campagne municipale à Antony - et dans ce que révèle, malgré lui, un pouvoir sortant qui a senti le vent tourner.
Salut à toutes et à tous,
Dernier épisode d’une série de 3 articles rapprochés (courts, pour une fois !), inhabituels au sein de cette infolettre, car concentrés sur une élection municipale. L’occasion de plonger plus proche encore des rouages concrets ce qui conditionne la manière dont nous gérons collectivement 70% de la dépense publique : comment nous choisissons nos maires.
Cet article comporte des graphiques interactifs - je vous invite donc à le lire dans votre navigateur et non pas dans votre boîte mail.
Il y a ce qu'on voit d'une campagne électorale : les tracts, les réunions publiques, les programmes. Et puis il y a ce qu'on ne voit pas - ou ce qu'on ne devrait pas voir. Ce troisième épisode est le récit de ce que nous avons vécu, observé, documenté depuis le début de cette campagne à Antony. Ce que traversent des citoyens qui veulent proposer un projet alternatif au maire ancré depuis les années Pasqua d’Antony.
On nous a beaucoup parlé de LFI. Peu des autres.
Seule la gauche affiche clairement ses composantes. Seule la gauche affiche les logos des partis qui soutiennent sa liste. Seule la gauche informe ses électeurs en toute transparence.
Pourtant, à Antony, la liste du maire sortant (Sénant), investie par LR, soutenue par Renaissance, mêle LR, macronistes et soutiens proches de l’extrême-droite, mais elle n’en dit rien.
Une liste dissidente du maire, conduite par celle qui est encore sa 2e de liste à la mairie (Precetti), se présente comme “apolitique” (sic). L’apartisanisme dont elle veut sans doute se prétendre est à relativiser : celui qui partage l’affiche avec la tête de liste ne renonce pourtant pas à sa fonction de délégué Horizons (Edouard Philippe) et de secrétaire national de l’UDI. Aux Sénatoriales de 2023, Perrine Precetti, et 12 de ses actuels colistiers ont tous fait le choix de la droite.
Une troisième liste de droite, quant à elle, est conduite par un ancien colistier du maire, ancien responsable des Jeunes du Mouvement conservateur - le parti qui a soutenu Éric Zemmour en 2022. Il a lui-même été candidat Reconquête aux législatives. C'est la première fois qu'une liste d'extrême droite se présente à Antony. Elle aura réussi à faire plus de 5% au premier tour, lui offrant la possibilité de fusionner avec d’autres listes.
Pourtant, seule la gauche est critiquée pour ses alliances partisanes.
Ne pas savoir avant de voter, ce n’est pas forcément digne de la société des lumières. Et pour ne pas savoir, il y a deux niveaux : le manque d’information, et puis le pur et simple mensonge.
Une autre liste encore ment même sur les réseaux sociaux, affirmant que le Parti Socialiste ne fait pas partie de notre union des citoyens et de 6 partis. C’est aussitôt démenti par le Parti Socialiste. Mais le mal est déjà fait.
Et puis le maire sortant, assez anxieux lors de chacune de nos remarques en Conseil Municipal ces dernières années (au point de nous qualifier d’extrême droite), est apparemment encore plus inquiet par cette dernière campagne qu’il mène. Il y va assez fort.
Selon lui, Antony est une “ville pauvre”, et élire Antony Terre Citoyenne la ferait devenir une ville comme celles du 93 (nos voisins de département apprécieront que ressembler à une ville de leur département soit une insulte).
Le projet d’Antony Terre Citoyenne serait de “raser les zones pavillonnaires” (ce qui n’est pas le cas. On notera que le maire actuel n’a aucun attachement au patrimoine de la ville, qu’il fait volontiers démolir.)
Nous voudrions démonter les caméras (non, on propose de rendre public leur efficacité et, en fonction, de ne pas plus densifier la ville en nombre de caméras par habitant, Antony étant déjà première de France en la matière).
Il affirme même que notre élection “plongerait Antony dans les ténèbres”. Je ne sais même pas quoi répondre à ça.
Les professions de foi sont censées être distribuées par les prestataires mandatés par la préfecture avant le scrutin. En théorie. En pratique, au sein des quatre immeubles de ma copropriété, deux tiers des répondants n'avaient pas reçu l'ensemble des documents au moment de voter.
Résultat : des électeurs entrent dans l'isoloir sans savoir pour quoi - ni pour qui - ils votent réellement. Dans une ville où les machines à voter remplacent les bulletins papier, et où le bulletin dans l’isoloir est écrit plus petit qu’au format papier, l'information devient l'unique levier de choix. Quand elle manque, le nom connu l'emporte sur le projet.
Le maire, de son côté, a refusé tout débat public contradictoire.
Pas d'affrontement des programmes devant les habitants. Pas de confrontation des bilans.
Le vendredi 13 mars au soir - à quelques heures de minuit, l’entrée en vigueur du weekend de silence électoral, le maire a pris un arrêté de mise en demeure ordonnant à notre tête de liste David Mauger de retirer sous 48 heures une affiche critiquant le projet du maire pour un quartier, Antonypole.
En cas de non-exécution, la commune se réservait de procéder elle-même à la dépose d'office.
Le vendredi soir avant le vote, c'est la dernière fenêtre pour exister dans une campagne : coller des affiches avant minuit sur un maximum de panneaux, être présent sur les réseaux, répondre aux accusations de dernière minute. Chaque liste se démène pour, in fine, avoir "tenu" les panneaux à 23h59. La force du nombre de notre collectif Antony Terre Citoyenne le facilite grandement. Un arrêté municipal dans ces heures-là, qu'il soit juridiquement fondé ou non, est d'abord un blocage politique. Il nous prend du temps : accuser réception, immédiatement répondre et se défendre.
Quant au fond du sujet : ce panneau installé sur le terrain privé d’une entreprise d’Antonypole, et n’invitant pas à voter pour un candidat ou un autre, n’a aucun rapport avec notre liste. Il a été installé par une association d’entreprises opposées au projet du maire sortant.
J’imagine la tête du maire quand il a découvert que cette association a également fait distribuer un tract du même genre dans chaque boîte aux lettres le samedi matin précédant l’élection.
En attendant, il a utilisé son pouvoir de police pour empêcher notre tête de liste de profiter des dernières heures de campagne.
Mise jour du jeudi 19/03 10h :
Le maire sortant a envoyé sa police municipale au domicile de la tête de liste David Mauger, poursuivant de fait les intimations.
Une fois encore, l’affichage que nous reproche le maire n’est pas du fait d’Antony Terre Citoyenne, mais bien d’une entreprise concernée par ce projet, qui s’y oppose et le fait savoir par une affiche placée sur son terrain privé. Antony Terre Citoyenne s’oppose également à ce projet qui détruit le tissu d’entreprises et industries à Antony, et place des logements à 80 mètres d’une autoroute.
L’arrêté signé hier soir et remis ce matin exige pourtant de David Mauger d’ôter l’affiche.
On remerciera le policier qui a dit en partant : “bon courage Monsieur Mauger”.
Et dire que le maire n’a sans doute pas encore vu la nouvelle affiche collée par l’entreprise ce même matin.
Celle-là aussi, il la reprochera à David Mauger ?
Le maire annonce que son projet détruirait les bâtiments d’une dizaine d'entreprises en rasant l’ensemble de la zone pour faire émerger un nouveau quartier. Les 47 entreprises de la zone disent autre chose. Ce qui a été énoncé pour convaincre France Affiches est éclairant :
Il nous a été expliqué que la solution la plus « rentable » serait que nous devenions promoteur immobilier et que nous construisions nous-mêmes des logements sur notre terrain.
La finance contre l'industrie. La spéculation immobilière contre l'emploi. Renchérir le logement, détruire les PME industrielles. Ça se joue aussi au niveau local.
Le projet prévoit :
12 000 logements. Et une école. Une seule. Pour un quartier dont l'école voisine est déjà saturée et distante.
Des bureaux aussi, dans une ville où les locaux de Sanofi sont déserts depuis des années et où les bureaux de la Croix de Berny sont à moitié vides. La mairie bloque tout projet de réaménagement du site Sanofi, voisin de la maison du maire.
Essilor voulait s'agrandir à Antony. Elle a déménagé à Wissous, loin du métro, loin du RER, loin de ce qu'Antony peut offrir pour attirer les talents. On l'a chassée. Les Echos et Le Parisien avaient couvert la contestation du projet par les entreprises de la zone. Le projet de densification, lui, continue.
Faire des villes-dortoir, ça suffit.
Le lendemain matin de l’arrêté du maire, samedi 14 mars, veille du scrutin, au début du weekend d'information régulée, Le Parisien (Bernard Arnault) publie un article intitulé “Tout savoir sur les enjeux du premier tour” dans les Hauts-de-Seine.
À Antony, l'article évoque le maire sortant et une liste dissidente de droite, au sein d’un paragraphe affirmant l'absence de risque d'extrême droite. Cette dernière est conduite par La Selve, un ancien colistier du maire, ex-candidat Reconquête.
Antony Terre Citoyenne n'est pas mentionnée. Il s’agit pourtant de la principale force d'opposition à Antony, tant de par ses élus au sein de l’opposition au Conseil Municipal, ou en tant qu’unique liste ciblée par le maire dans sa propre profession de foi, ses prises de paroles publiques, ou ses tracts. Mais non, l’opposition de gauche n'existe pas dans le récit du Parisien qui vise à faire “tout savoir” (c’est dans le titre) sur ce scrutin, à quelques heures du vote.
Nous avons adressé au journal une demande de correction, rappelant le principe d'exactitude de l'information. Refus à ce jour.
Jusqu’à preuve du contraire, ça n’est pas un complot. C'est quelque chose de plus banal et donc peut-être plus inquiétant : une presse locale qui couvre les élections en servant l’intérêt du pouvoir en place. La gauche n'existe pas parce qu'elle n'est pas censée gagner. L'extrême droite n'existe pas parce qu'elle n’a pas sa place dans le récit. Le résultat du 15 mars a montré ce qu'il en était : Antony Terre Citoyenne est reconnue comme la principale force d’opposition par les électeurs, n’en déplaise à la journaliste.
Une militante de la liste Sénant a passé une partie de la campagne à bomber à la peinture rouge nos affiches électorales. Elle ne s'en cachait pas - nous montrant elle-même les photos sur son téléphone, comme si vandaliser le matériel de campagne adverse était une pratique normale (spoiler : non, c’est un délit). La violence et la respectabilité ne sont pas forcément là où on le pense.
Trois constats documentés, le jour du scrutin.
Dans un bureau de vote, les scellés des machines à voter étaient rompus avant 7h30 (l'heure réglementaire définie pour l'ouverture du dispositif) et avant l'arrivée des élus d'Antony Terre Citoyenne. Seul un élu de la majorité sortante était présent à ce moment-là, et affirme avoir rompu les scellés, seuls garants que la machine n’a pas été manipulée avant l’ouverture du vote et la présence de témoins.
Dans les bureaux de vote, des élus de la majorité sortante ont fait des promesses électorales aux électeurs. Dans l'enceinte même du vote.
Une affiche de la liste Precetti était apposée en affichage sauvage à proximité d'un bureau - ce qui n'est pas autorisé en temps normal, et ne l'est absolument pas pendant le weekend électoral.
Tout cela a été constaté, signalé, documenté.
Et restera sans doute sans aucun effet.
Un scellé de machine à voter, rompu.
Un pouvoir qui refuse le débat. Qui utilise l'appareil municipal pour tenter de faire taire l'opposition dans les dernières heures. Qui vandalise. Qui fait des promesses dans les isoloirs. Dont les élus ouvrent les machines à voter avant l'heure et avant les témoins.
Ce n'est pas une mairie bien gérée.
C'est une mairie qui ne tolère pas la contestation.
Le 15 mars, 55% des Antoniens ont dit que ça suffisait.
Dimanche 22 mars, nous avons une occasion rare de traduire ça en actes.
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vendredi 20 mars pour notre grande réunion publique à l’Espace Vasarely,
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