Ecrit d'une traite et sans relecture dans la nuit du 29 au 30 juin 2024, quelques heures avant le premier tour des législatives anticipées. Je le publie aujourd'hui à peine retouché, comme le témoignage d'un moment de bascule - quand un citoyen privé de sommeil tente de mettre de l'ordre dans le chaos.
Dimanche 30 juin 2024, nous avons un choix à faire, dans chaque circonscription : voter pour un candidat ou une candidate. La somme des scrutins locaux, et ensuite les choix de coalition ou collaboration des élus et partis vont déterminer la politique de la France. Ce scrutin uninominal majoritaire à deux tours est ce qui a permis, avec un score relativement faible au premier tour des législatives en 2017 (32%) à la liste de majorité présidentielle, alors menée par Edouard Philippe, d'emporter une majorité absolue.
32%, c'est peu ou prou la part des suffrages exprimés en faveur du RN aux Européennes et intentions de vote au premier tour des législatives 2024. Il est des ordres de grandeur qui me déplaisent.
Le RN et Reconquête ne sont pas comparables aux autres. Chaque article ou débat qui compare les "propositions" programmatiques du RN à celles d'autres partis me laisse troublé. J'ai la conviction que l'on oublie alors l'essentiel : le RN est un parti porteur d'une idéologie autoritaire et ségrégationniste.
Ce type de glissement autoritaire peut se définir comme utilisant les ressorts du populisme pour opposer une majorité à des ennemis intérieurs (des minorités), désignés comme suffisamment dangereux pour justifier l'usage de violences. Il n'y a rien de "compatible avec la République" dans un mouvement réfutant l'égalité et la fraternité. Le RN, si bien marqué par sa "préférence nationale" est un courant réactionnaire opposé aux fondamentaux des Lumières, sous la forme de la xénophobie la plus crasse et du masculinisme le plus poussiéreux. Un programme "sujet verbe immigration" pour citer une punchline interprétée par Gabriel Attal.
Un RN fort au Parlement signifie une privatisation des médias (et donc une polarisation accrue), un affaiblissement de la justice (et donc un sentiment d'injustice accru), une attaque de la liberté d'association (dissolutions arbitraires, tuant de facto des associations avant que tout éventuel recours ne puisse avoir lieu), un retour en arrière sur les équilibres femmes-hommes et sur l'habitabilité de notre pays, contrôler la police et les services de renseignement, réécrire les manuels scolaires, et proposer un avenir incertain pour les binationaux, devenant tous suspects.
Quel autre parti a explicitement annoncé vouloir enlever la citoyenneté aux Français pour qui, "ça se voit", "ne partagent pas la même histoire". C'est du pur racisme biologique. Ce même racisme apporté dans les années 30 par ceux qui séduisaient les patrons et petits propriétaires, sous couvert d'un programme national social, et, une fois au pouvoir, ont déchu de leur nationalité une autre minorité, religieuse, durant l'occupation de la France, pour ainsi justifier la déportation.
Le positionnement marketing est le même. La haine de l'autre est la même. L'illégalité des propos, parfois condamnés par la justice, n'appartient qu'au RN et à Reconquête. Dommage que la majorité ait refusé de voter la proposition du PCF de rendre inéligible les prochains individus condamnés pour appel à la haine.
Aujourd'hui, affirmer que l'on vote RN est banal. Enoncer que l'on vote Nouveau Front Populaire vaut des regards d'incompréhension ou empreints de colère.
Le Président de la République : ses possibilités face à une majorité absolue contre lui sont très limitées. Pas de domaine réservé, peu de capacité à bloquer les décisions de la majorité. Seules capacités : la dissolution, les nominations et une capacité discutable à freiner des ordonnances.
Le Sénat est plus faible que l'Assemblée Nationale, et habité de conservateurs. Pas sûr que porter du respect aux femmes et aux minorités soit une priorité.
Le Conseil Constitutionnel : le RN alterne entre prôner la suppression du Conseil Constitutionnel ou, plus subtil, le cantonner à la surveillance des articles de la Constitution, c'est-à-dire... ignorer la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
Les médias : depuis la suppression de la contribution à l'audiovisuel public, son financement est effectué par l'attribution d'une fraction du produit de la TVA. Ce financement est illégal à compter du budget qui sera adopté fin 2024 pour 2025, en raison d'une loi votée également par la majorité en 2021 et applicable en janvier 2025 ("Les impositions de toutes natures peuvent être directement affectées aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics et aux organismes de sécurité sociale (...). [Elles] ne peuvent (...) être affectées à un tiers autre (...) et leur affectation ne peut être maintenue que si ce tiers est doté de la personnalité morale et si ces impositions sont en lien avec les missions de service public qui lui sont confiées."). Le RN entend privatiser le service public, ce qui signifie, au regard du faible EBIT du secteur, le concentrer dans un nombre toujours plus restreint de propriétaires (ce qui est depuis quelques années, d'après Reporters Sans Frontières, la principale menace sur la qualité de l'information en France).
A l'issue de deux ans de parlementarisme avec une majorité relative, force est de constater que cette Assemblée a su adopter tout autant de textes que lors des précédentes législatures, malgré le bruit désagréable de LFI et malgré le refus de la majorité de conduire une coalition de progressistes, malgré une droite et une gauche éparpillées, donc à même d'être réunies, à condition de construire un programme en commun et de partager la gouvernance du pays.
A l'issue des Européennes, force est de constater que le RN a relativement peu progressé par rapport aux Européennes de 2019. En revanche, l'ensemble des autres partis se sont rabougris, et notamment Renew et les Verts. L'ensemble PS-PP pouvait donner un espoir d'alternance modérée. Et le RN dominait le jeu politique au soir des Européennes 2024.
Et pourtant, c'est la prise de décision d'un homme qui efface l'émergence de cette alternative modérée, et nous amène à nous déchirer, et pour certains à mal dormir, à investir des heures pour composer avec une telle situation. J'avais mieux à faire. Mais le Président en a décidé autrement. Il a choisi d'opérer une dissolution et des élections anticipées au moment où le RN est au plus fort.
Plus encore, il choisit de mener une campagne courte, misant sur l'impossibilité de la gauche, séparée pour le scrutin proportionnel que sont les Européennes, de convenir d'un accord électoral pour le scrutin uninominal majoritaire que sont les législatives. Enfin, un choix de dates propice à certaines parties de l'électorat seulement : le début des vacances scolaires.
Colère, xénophobie, ces thèmes ont infusé. Depuis 2021, une actualité politique incessamment portée sur l'immigration et les différences interculturelles, par le traitement de nombreuses lois, discours, et échéances politiques. C'est un processus mais quelques moments sont remarquables par leur portée ou leur ampleur :
L'élection présidentielle de 2022, voyant un Zemmour parvenant en 4e place avec un relativement bon score de 7% (plus que le PS et LR réunis), sur la base d'un programme ouvertement raciste. La majorité se préparait alors jusqu'à janvier 2022 à affronter Zemmour pour les Présidentielles. Si l'on a commenté l'impossibilité pour Zemmour de dépasser les 10%, on a moins réagi à la percée de ses idées. Ses idées ont emporté une partie du pays.
Au lendemain de la dissolution, le message est compris : le RN, pour la première fois de la Ve, pourrait gouverner le pays. Il n'y aura pas de retour en arrière. On se sera fait peur une fois. On sera déjà un peu accoutumés la prochaine fois. Une cartouche dépensée par ce choix de dissolution. Depuis le 9 juin, la parole raciste semble démultipliée. Même le Ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin se plaint de se faire appeler Moussa, son prénom moins usité, et dont la consonance est assurément un plus fort rappel à certaines de ses origines.
De manière quantitative, on mesure que si la tolérance a progressé sur des décennies, elle est en repli sur ces toutes dernières années. 43% des sondés pensent que les enfants d'immigrés ne sont pas vraiment français. Contre 21% il y a deux ans.
On ne peut que constater une transformation forte et rapide des opinions. Banaliser la xénophobie a permis de normaliser les propos du RN. Au lieu de placer l'attention médiatique sur d'autres sujets, la majorité a choisi de se saisir des thématiques phares du RN. Sans surprise, la copie plait moins que l'original.
Et maintenant, l'idée d'une incompatibilité civilisationnelle sur la base du critère de l'ethnicité ou de la religion se propage dans la population. Les idées de Zemmour se diffusent.
A tracer une équivalence entre la gauche et l'extrême droite, et parfois en décrivant pire la gauche que l'extrême droite, on incite les électeurs défiants du Président de la République à se porter sur la marque à forte notoriété : le RN.
Depuis le second tour des Présidentielles de 2022, où le Président de la République a appelé la gauche à reporter ses voix vers Renaissance pour faire barrage au RN, il n'a eu de cesse de tracer une équivalence entre ces "deux extrêmes", exclus de l'axe Républicain.
La majorité a entretenu un amalgame entre LFI, le PS, les écolos afin d'inclure l'ensemble dans un bloc extrême. Son paroxysme étant matérialisé par son incohérence pendant les élections européennes 2024, où le PS-PP était alternativement "comme LFI", et "LFI comme le RN" et d'autres fois, "Glucksmann devrait être sur la liste Renew".
On rappellera que LFI n'est pas d'extrême gauche, d'après le Conseil d'Etat, et que le gouvernement serait prié de respecter ces règles.
Pendant cette campagne législative express, renvoyer dos à dos deux extrêmes est un jeu dangereux. Plus encore, préciser que le "programme économique du NFP est 4 fois pire que celui du RN" ou encore reprenant les mots de Zemmour tels que qualifiant le programme d'"immigrationniste", menant à une "guerre civilisationnelle", ou essayer de choquer en affirmant de manière mal formulée qu'il permet de "changer de sexe en mairie" sont autant de fautes graves à mes yeux.
Cela n'aidera pas à affaiblir le RN au premier tour. Cela n'aidera pas les désistements pour le second tour des législatives.
Ce faisant, la majorité positionne le RN comme meilleur opposant, en faisant un réceptacle électoral. Ce choix de stratégie électorale s'ajoute à un contexte délétère.
Un écolo-bashing introduit tôt dans le premier quinquennat par Renaissance, largement adopté ensuite par LR et aujourd'hui encore pilier du discours du RN. Certains s'imaginent encore que les effets du changement climatique sous la forme de catastrophes naturelles plus fréquentes et intenses auraient un effet mobilisateur ou de sensibilisation aux enjeux d'habitabilité du monde. C'est empiriquement faux, et il est théoriquement démontré que ce ne sont pas les bonnes conditions pour s'y sensibiliser. 3 inondations successives autour de Saint-Omer à l'automne-hiver 2023-2024. Pas de prise de parole forte sur le sujet (un Président évoquant le sujet dans une question "annexe", et absent de son discours, sujet laissé à un ministre de second plan, C. Béchu, des mois plus tard). LR et Renaissance relayant des fake news telles que le fait que des contraintes "écolos" ont empêché d'entretenir des canaux de drainage, et que ceci a permis cette catastrophe. Faux. Propagé par LR et Renaissance. Le RN récolte. Le Nord-Pas-de-Calais ? 50% de vote RN aux Européennes, 1% écolo, qui avaient énoncé au Parlement ce risque de crue.
La haine des élites, présente depuis longtemps au RN. Mais depuis quelques années sous la forme d'un refus des avis scientifiques chez LR et Renaissance, avec par exemple un Clément Beaune explicitant qu'il serait absurde de faire prévaloir un consensus scientifique sur le choix "de bons sens" d'élus locaux.
Un mépris du droit. Comme rappelé par le Conseil d'Etat en mars, LFI n'est pas d'extrême gauche. Que la majorité qualifie la NUPES, le Nouveau Front Populaire et parfois même le PS et les écolos d'extrême gauche est incorrect. Installer des infrastructures malgré les interdictions ou suspension de justice n'est pas acceptable. Des membres du RN condamnés pour leurs propos sont autant de piètres exemples.
Sales gosses. Une LFI bruyante, un Président qui "a envie d'emmerder" les gens, un Président du Sénat qui éructe "ferme ta gueule".
Un mépris démocratique. Une réforme désapprouvée sur le fond (alors que la population était majoritairement favorable à un allongement de la durée de cotisation, elle rejetait massivement un âge pivot). On se souviendra pendant la réforme des retraites de la saillie du Président de la République "si vous ne vouliez pas d'une retraite à 64 ans, il ne fallait pas voter pour moi". Une réforme perçue comme violente : des manifestations record, une union syndicale, des opinions très majoritairement défavorables, et un passage par "49-3" après près de 18 mois de tergiversations par teasing médiatique puis tractations. On se rappellera que le Président de la République avait jugé bon de préciser dans une interview écrite qu'il n'y a rien de plus démocratique qu'un 49-3. En résulte une perception de mépris de la démocratie - et donc des citoyens - par une partie de l'opinion.
Renaissance représente celui qui a choisi de dissoudre l'Assemblée Nationale à ce moment précis et de laisser un temps de campagne rendant difficile toute émergence de thématiques dans les médias et donc déports d'opinions.
Le RN est porteur d'une dynamique autoritaire et ségrégationniste à laquelle faire barrage à tout prix.
Renaissance est son marchepied, faisant activement progresser les thématiques du RN et participant de la polarisation et l'hystérisation.
A ce stade, le PS, les Ecolos et le PCF sont clairs : en cas de triangulaire, tout candidat de gauche moins bien placé qu'un Renaissance devra se désister. Deux partis restent flous : LFI et Renaissance.
Les programmes sont secondaires à côté du risque pour la démocratie, et donc pour notre société. On peut toutefois les analyser.
Pléthores d'analyses sont disponibles, je me limiterai à quelques remarques.
Le domaine réservé du Président de la République ne dépend que du bon vouloir et du respect des habitudes de sa majorité. Le sort du succès de l'agression russe en Ukraine dépend des élections en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Renaissance et le Nouveau Front Populaire sont limpides sur leurs soutiens à l'Ukraine. Pas le RN. Et il en va de même pour le conflit israélo-palestinien.
Notre pays a besoin d'une énergie décarbonée, abondante et peu onéreuse. Notre énergie est composée à 20% d'électricité. Il nous faut nous concentrer sur les 80% de notre consommation énergétique, nous coûtant collectivement entre 50 et 100 Md€ par an, et logiquement premier élément à corriger dans notre balance commerciale. Sans programme énergétique réaliste, pas de confort de vie / contrat social, pas d'économie sans cela. Seuls Renaissance et le Nouveau Front Populaire ont un projet tenable. Côté Renaissance, un projet annoncé en 2021 sur l'énergie électrique n'a jamais été proposé et donc pas adopté, malgré nos obligations légales. Nous dépendons de ces législatives.
Le Président a choisi :
de faire de ce second quinquennat un mandat "écologique ou ne serait pas",
a répété que sa grande cause serait l'égalité entre les femmes et les hommes,
et a improvisé durant son débat d'entre deux tours avec Marine Le Pen que sa priorité portait également sur la protection de l'enfance.
En conséquence de quoi :
Il a choisi de prioriser un texte sur l'immigration et l'autre sur les retraites, n'a pas présenté de loi énergie-climat ni de stratégies d'adaptations (contrairement aux obligations légales).
A lancé la Ciivise, dont les recommandations (même gratuites) ne sont pas suivies des faits et la commission vidée.
Le Président choisissait encore en décembre dernier de flatter son électorat le plus conservateur en demandant aux journalistes de l'interroger sur Depardieu et a choisi de préciser qu'il rendait fier la France et de relayer une théorie complotiste sur la qualité du documentaire mettant en scène l'acteur.
Avec la dissolution de l'Assemblée Nationale, c'est aussi la fin de deux ans de travaux sur la fin de vie, la fin de la commission d'enquête sur les violences faites aux femmes et enfants au cinéma, tout comme celle sur l'amélioration de l'ASE. On saluera également l'excitation ajoutée à la Nouvelle-Calédonie en accélérant soudain le calendrier ou encore en menaçant de faire déterminer la destinée du peuple de Conakry par la nation, en ce compris la métropole, au mépris du droit.
A titre d'exemple, on notera que cette majorité engagée dès 2017 dans l'égalité femmes-hommes et défendant alors la déconjugalisation de l'impôt sur le revenu (un atout pour faciliter le départ de femmes dépendantes de leur conjoint toxique ou violent) ne l'a pas effectué mais a porté à son programme de 2022 la conjugalisation de l'impôt sur le revenu des couples non mariés.
On ajoutera que promouvoir un Ministre du Budget au Ministère de l'Intérieur alors qu'il est accusé de viol est un symbole mal choisi. On notera que Gérald Darmanin a ensuite versé au dossier comme pièces pour se défendre des échanges de SMS démontrant qu'il échangeait des faveurs sexuelles contre des biens publics. Il n'aura pas été jugé pour son viol, puisqu'un non-lieu a été prononcé. Il n'aura pas non plus été jugé pour ses échanges de faveur appuyés de ressources qui ne sont pas les siennes.
On passera sur l'abaissement du permis de conduire à 17 ans en même temps que l'on annonçait la moindre sanction des "petits" excès de vitesse, et que les campagnes de prévention contre l'alcool affirmaient littéralement qu'il fallait manger des pâtes avant de boire et alterner eau et alcool en soirée.
Le risque majeur qui pèse sur notre démocratie paraissait impossible il y a quelques mois seulement à ceux refusant de constitutionnaliser l'IVG au prétexte que celle-ci n'est pas menacée (pour au final ne rien significativement changer, mais émettre toutefois un symbole positif à l'international). Le mode de scrutin majoritaire aux législatives tout comme le scrutin présidentiel sont par construction propices aux changements brusques d'orientations politiques.
Nos institutions sont dangereuses. Le Président de la République, le Président de l'Assemblée Nationale et le Président du Sénat nomment chacun 1/3 du Conseil Constitutionnel. Ce rempart est fragile. Il ne vaut mieux pas avoir à compter sur lui.
Il est clé à mes yeux d'affaiblir le rôle du Président de la République. Je souhaite revenir à l'esprit de la constitution de la Ve République, et prendre en compte les alertes de Pierre Mendès France en 1962. Cette Constitution a été pensée pour diriger un pays sans majorité absolue, jugée improbable par de Gaulle.
En Autriche comme au Portugal, le Président est relativement plus doté de "pouvoirs" mais la pratique n'est pourtant pas la même. La présidentialité y est effacée, au profit du Parlementarisme et du compromis. C'est le gouvernement qui dirige.
On n'y oppose par réflexe pavlovien l'instabilité de la IVe République.
Je rappellerai une note personnelle : notre Ve est comparable à la IIe, c'est-à-dire celle qui a rendu possible l'émergence de l'empereur Napoléon III. Dans notre contexte de percée étourdissante de l'extrême droite, je souhaite m'en éloigner.
On peut aussi rappeler que la IVe a défini le programme économique que de Gaulle a ensuite choisi de continuer à appliquer, et que l'on appelle désormais 30 glorieuses. L'instabilité ne veut pas dire mauvaises décisions. Changer des Ministres, si l'orientation du Parlement n'évolue que peu entre chaque élection, est-ce vraiment important ? C'est prêter bien des capacités aux Ministres.
Le scrutin majoritaire n'est pas constitutionnel. Le Président de la République actuel avait promis il y a 7 ans d'introduire une "dose de proportionnelle". Je rejoins l'avis de ceux qui préconisent ce passage à la proportionnelle, et j'y vois deux avantages :
Apaiser le débat public. Tout d'abord cela nécessite de faire des coalitions. Les partis et candidats qui espèrent être élus - donc les plus médiatisés - devront composer avec leurs concurrents. Ils n'ont aucun intérêt à polariser les "camps" ni à s'invectiver. Ceux qui le pratiquent seront davantage relégués sur les bords.
Rééquilibrer les rôles du Parlement et du Président. Le Président de la République dispose aujourd'hui d'une forte arme grâce à la dissolution, lui permettant de dominer sa majorité, que l'on a vu ces dernières années voter contre leurs propres convictions. Je veux retrouver des élus qui votent selon leurs convictions, et non les lignes du parti.
Le scrutin uninominal local majoritaire rend chaque élection très incertaine : quelques points d'écarts dans les sondages nationaux se traduisent en des majorités fondamentalement différentes. A la proportionnelle, quelques points d'écarts n'induisent pas un tel changement, et les députés n'ont qu'à veiller à avoir servi les intérêts de leurs électeurs pour maximiser leurs chances d'être réélus.
De nombreux autres changements sont désirables, mais il est 5h du matin, et j'arrête ici ma prose 10 pages trop longue.
Je désire que l'on change ces rapports de force. Un seul homme peut aujourd'hui mener à cette situation terriblement dangereuse, entraînant potentiellement une crise de régime... voire pire.
Renaissance promet des baisses d'impôts non finançables.
Le Nouveau Front Populaire a un programme finançable mais impopulaire auprès des libéraux économiques, modérés ou plus durs. Il présente l'avantage d'être détaillé et jugé crédible économiquement.
La productivité ou la balance des paiements courants sont peu évoquées. C'est dommage. On laissera les économistes débattre : https://institut-rousseau.fr/le-nouveau-front-populaire-une-rupture-realiste/
La crainte de réaction des marchés me paraît peu équilibrée. Je partage le fait que les marchés aspirent à une forme de stabilité - en ce sens, l'hystérisation de la société et la dissolution sont deux lourdes fautes - et la cohérence.
Le programme de Liz Truss, promettant de fortes baisses d'impôts, a valu au Royaume-Uni de fortes sanctions non pas pour sa politique (que l'on décrirait de "pro business") mais parce qu'il était incohérent avec lui-même.
On peut ne pas partager la vision du NFP, on ne peut pas nier de manière péremptoire son caractère cohérent et réaliste.
Ce n'est pas parce que c'est à gauche que c'est anti-business. Hollande (en préparation d'une éventuelle réélection) et Hamon (Piketty) ont tous deux proposé une baisse de la C3S. La gauche n'est pas irresponsable sur le plan économique.
Mais se pose-t-on seulement les bonnes questions sur le plan économique ?
On en oublie ici le respect du pacte social, c'est-à-dire l'acceptabilité sociale par la population de sa gouvernance.
Pire encore, on en oublie les limites physiques du monde. Notre modèle économique et sociétal actuel repose sur une croissance économique exponentielle (même avec une agitation du PIB à 1 ou 2% par an). Une croissance ne peut pas être infinie dans un monde physique fini. Certains stocks sont bas, d'autres vastes, mais on confond stock et flux dans nos modes de pensée économiques actuels.
La méconnaissance de nos capacités de production, de l'importance d'un climat et d'une biodiversité de qualité pour nos territoires, et d'organisations résilientes à un monde de moins en moins contrôlable par l'homme sont à prendre en considération.
Le NFP ne le prend que partiellement en compte. Renaissance aucunement.
Sous cet angle de la physique - intangible et non questionnable - qui est le plus ancré dans la réalité ?
Soyons d'accord pour préserver l'habitat et donc nos économies.
Soyons d'accord pour lutter contre les envahisseurs et défendre l'Ukraine.
Soyons d'accord pour protéger nos démocraties.
Pour ma part, je voterai donc pour le candidat Parti Socialiste de ma circonscription, investi par le Nouveau Front Populaire.
Ne votons jamais pour un candidat xénophobe ou antisémite ou tout autre crime ou délit. Le Nouveau Front Populaire est limpide sur son intolérance à ce sujet. Je rappelle que les condamnés pour antisémitisme sont du côté du RN. S'il existe des abrutis de tout côté, ne renversons pas la charge de la xénophobie et restons fermes vis-à-vis de ces intolérables intolérances.
Non. Il faudra un candidat politique ou citoyen consensuel à l'Assemblée pour porter une coalition. Il ne l'est pas.
J'espère une coalition ou un gouvernement technique de modérés. J'espère ne pas avoir à assister à une mise en scène d'une attente de nommer un Premier Ministre et son gouvernement, la retardant au prétexte d'une gestion difficile des affaires courantes.
Dans quel état serons-nous après les législatives ?
PS, PP, Ecolos appellent au désistement. LFI reste sur une ligne "au cas par cas". Le gouvernement est pour le moment sur "ni RN ni LFI".
Nous serons désunis. La période pourrait être difficile. Composons comme nous le pouvons pour construire une nouvelle unité nationale centrée sur le service des besoins et du bonheur de la population, pour faire chaque jour un petit peu mieux, pour demain.