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Climat Fractal 3/3 - On fait quoi ? La chaleur, l'immeuble et nous.

La moitié des foyers de ma résidence ont répondu à un questionnaire sur le confort thermique. Résultat : 61% d'inconfort l'été, et 85% de soutien aux travaux collectifs - locataires comme propriétaires - que personne n'avait encore mesuré. Dernier volet : ce qu'on peut faire chez soi et entre voisins, sans attendre personne.

Zone Habitable
8 min ⋅ 16/07/2026

Salut à toutes et à tous,

Ce troisième volet clôt la série ouverte avec l'état des lieux planétaire et poursuivie avec ma ville à l'épreuve de la canicule. L'idée reste la même : l'action climatique doit être fractale, cohérente à toutes les échelles. Après le monde et la ville, voici le plus petit échelon encore collectif : l'immeuble. C'est aussi le plus rapide. Pas de COP, ni de conseil municipal : un questionnaire, quelques capteurs, une assemblée générale.

Je raconte ici ce que l’on tente de faire dans ma copropriété (quatre bâtiments, du rez-de-chaussée au 7e étage) : poser la question à tout le monde, mesurer ce qui se passe vraiment dans un logement, en tirer des gestes concrets, et transformer l'essai en décisions collectives. Avec, au passage, un petit outil que j'ouvre à qui veut.


⏱️ L'essentiel en 30 secondes

  • 84 foyers ont répondu, soit environ la moitié des logements : 61% jugent leur logement inconfortable ou très inconfortable lors des fortes chaleurs, et 94% voient leur sommeil affecté au moins parfois.

  • L'inconfort grimpe avec les étages (33% en bas, 67% aux 5e-7e) et avec l'exposition (67% au sud contre 40% au nord). Les logements traversants envisagent deux fois moins la clim : la ventilation croisée bosse pour eux.

  • Mes capteurs racontent la même histoire : chez moi, c'est le soleil qui chauffe, l'inertie qui retient, et la température de l’air extérieur qui compte peu. Les leviers : l'ombre le jour, la surventilation la nuit.

  • La clim individuelle arrive en tête des intentions d'équipement. Je comprends la souffrance qui la motive, et elle me trouble quand même : dépendance électrique les jours de coupure, risques de départs de feu, bruit et chaleur rejetés sur les voisins, et elle évince les autres solutions.

  • La vraie surprise : 85% sont favorables à des travaux collectifs, et 85% prêts à investir chez eux si la copropriété encadre et accompagne. Vrai pour les locataires comme pour les propriétaires. Cette majorité existait ; personne ne l'avait vue.

  • J'ouvre Thermomatic, un outil pour comprendre son logement : quand aérer, quand fermer, ce qui chauffe vraiment.


1. Poser la question : ce que 84 foyers ont répondu

Mi-juin, notre groupe de travail a diffusé un questionnaire “confort d'hiver, confort d'été”, en ligne et par affiches dans les parties communes. 84 réponses complètes, représentant environ un logement sur deux, tous bâtiments et tous étages. Pour un questionnaire d'immeuble, c'est énorme, et c'est déjà une info en soi : le sujet intéresse les gens.

Je fournis les résultats de l'enquête et/ou le questionnaire sur demande.Je fournis les résultats de l'enquête et/ou le questionnaire sur demande.

Avant les chiffres, les précautions d'usage, parce qu'un sondage de cage d'escalier mérite la même hygiène qu'un sondage national. Les réponses ont été récoltées pendant et juste après l'épisode de chaleur : elles captent une expérience à vif. C’était tout l’objectif de ce questionnaire préparé… en février : capturer un maximum de réponses, lorsque les habitants et habitantes sont a priori le plus motivé. Les foyers les plus gênés ont pu répondre davantage, donc les taux d'inconfort se lisent comme un ordre de grandeur haut. Et les données croisées portent sur 10 à 30 logements (l’échantillon des habitants du 7e étage avec exposition Ouest et locataire n’est représentatif… que de lui-même). Mon exemple préféré, tiré de nos propres données : 87% des foyers équipés de stores extérieurs se disent inconfortables. Ce n'est pas que les stores chauffent - c'est que ceux qui souffrent s'équipent. Corrélation n'est pas causalité, même entre voisins.

Et oui, cet outillage a même droit à son interface graphique pour plus aisément explorer les donnéesEt oui, cet outillage a même droit à son interface graphique pour plus aisément explorer les données

Cela dit, les enseignements sont nets :

  • L'été est le sujet.
    61% des répondants jugent leur logement inconfortable ou très inconfortable lors des fortes chaleurs. Trois sur quatre désignent l'été comme la pire saison ; l'hiver, à l'inverse, est jugé confortable par les deux tiers. La priorité ne fait pas débat.

  • La chaleur se paie la nuit.
    94% voient leur sommeil affecté au moins parfois, 56% régulièrement ou très souvent. On retrouve, à l'échelle d'un immeuble, ce que les données nationales montrent en grand : ce sont les nuits sans récupération qui usent, et qui finissent par tuer les plus fragiles.

  • La physique se lit dans les réponses.
    L'inconfort monte avec les étages : 33% en bas, 64% aux 3e-4e, 67% aux 5e-7e, sous une toiture qu'un répondant décrit ainsi : “toiture zinc, aucune isolation. Une vraie fournaise l'été”. Il monte aussi avec l'exposition : 67% au sud contre 40% au nord, et l'un de nos quatre bâtiments culmine à 78%.

  • Les traversants respirent.
    À inconfort comparable, les logements traversants envisagent deux fois moins un équipement de climatisation que les autres (21% contre 50% pour les angles ou mono-exposition). La ventilation nocturne, c'est une clim gratuite - à condition que l'air puisse traverser.

  • On part de loin.
    Le confort d'été repose aujourd'hui sur les ventilateurs (72% des foyers) et les volets. Seuls 18% ont des stores ou brise-soleil extérieurs ; aucun répondant n'a de clim fixe, de pompe à chaleur ou de film solaire. Autrement dit, la résidence affronte les canicules avec l'équipement pensé pour des chaleurs connues par des architectes il y a 30 ans.


2. Mesurer chez soi : ce que mes capteurs racontent

En parallèle, j'ai instrumenté mon propre logement : relevés de température à haute fréquence, croisés avec l'ensoleillement, le vent, l'ouverture des fenêtres et des volets, différents modèles statistiques. J'en tire des conclusions préliminaires, à prendre avec de grosses pincettes : mes données confondent en partie soleil et chaleur extérieure (les deux montent ensemble), et j’ai le plus souvent laissé mes portes intérieures ouvertes, ce qui diffuse la chaleur dans tout l'appartement.

Trois enseignements, par ordre d'importance chez moi :

  1. Le soleil d'abord.
    La principale cause de montée en température, c'est l'ensoleillement direct : ça grimpe très vite entre le lever du soleil et midi. L'indice le plus net, c'est l'orientation : ma pièce sud-ouest prend jusqu'à 2°C de plus que mes chambres nord dès qu'il y a du soleil - un écart qui disparaît la nuit.

  2. L'inertie ensuite.
    Hors soleil, c'est le bâti lui-même, chauffé les jours d'avant, qui rayonne. Quand la vague dure, cette inertie relève le plancher nocturne sous lequel il devient difficile de redescendre : on retrouve, dans un appartement, le mécanisme décrit au niveau planétaire dans le premier article.

  3. L'air enfin, à la marge.
    Les échanges d'air avec l'extérieur pèsent peu dans la montée du jour. En revanche, c'est le principal levier de la descente, la nuit.

En pratique, ça tient en une ligne : le jour, faire de l'ombre (volets fermés côté soleil ; n'ayant pas de stores extérieurs, j'ai testé des parasols en rempart) ; la nuit, ventiler, voire surventiler.


3. Les gestes qui marchent

Mes données rejoignent les conseils désormais bien établis, que le podcast Chaleur humaine du Monde a remis en circulation cet été : l'épisode du 16 juin, “Comment tenir face à la chaleur ?” avec Christian Clot, sur ce que les chaleurs extrêmes font à nos corps et nos cerveaux ; et la chronique de fin de saison du 30 juin, sur les leçons de juin 2026. L'essentiel, vérifié capteurs en main :

☀️ Le jour

  • Fermer volets et fenêtres dès que l'air extérieur dépasse le différentiel de température servant de plancher relatif de l'air intérieur à l’extérieur (et non la température intérieure elle-même), en priorité côté sud et ouest. En juin, le soleil rasant du matin chauffe aussi les façades nord, ne pas l’oublier.

  • Arrêter la chaleur avant la vitre. Une protection extérieure (store banne, brise-soleil, volet) n'a rien à voir avec un rideau intérieur : une fois le rayonnement entré, c'est trop tard.

  • Limiter les apports internes : four, plaques, appareils en veille. Un logement fermé est un thermos - dans les deux sens. Vous minerez ces bitcoins un autre jour.

🌙 La nuit

  • Ouvrir grand dès que l'extérieur repasse sous l'intérieur, et chercher la traversée : nos données de voisinage le confirment, un courant d'air vaut une clim qu'on n'a pas eu à acheter.

  • Le brasseur d'air ne refroidit pas la pièce, il refroidit les gens - et c'est très bien : le confort tient jusqu'à 31 ou 32°C intérieurs avec de l'air en mouvement. Au-delà, il ne suffit plus.

  • Refroidir le corps plutôt que l'air : douche tiède, linge humide, hydratation. C'est le conseil le plus vieux et le plus solide de la liste.

Tous ces leviers sont gratuits, ils ne coûtent que de l'attention. Leur limite est réelle : quand la vague dure et que le plancher nocturne remonte, jouer sur les flux ne suffit plus, et on touche aux limites de ce qu'un occupant peut faire sans toucher au bâti. C'est exactement là que commence la question collective.


4. La climatisation, ou le confort qui isole

Un répondant sur deux envisage de s'équiper, et la clim arrive en tête (24 foyers, devant les pompes à chaleur réversibles). 21 de ces 24 foyers vivent un été “très inconfortable” ; un répondant écrit qu'une pompe à chaleur réversible “va devenir nécessaire ; nous avons des personnes âgées qui en auront besoin”. Il a raison : pour les plus vulnérables, lors des pics, le froid actif sauve des vies - et le plan municipal du précédent article le prévoit explicitement pour les lieux refuges et les établissements sensibles.

Et pourtant, l'idée d'une forêt de splits accrochés à nos balcons me trouble.

  • Ça ne règle pas toujours le problème.
    Parmi les 12 foyers déjà équipés d'un climatiseur mobile, 67% restent inconfortables, et 5 sur 12 envisagent désormais une clim fixe. L'équipement isolé, sans traiter la protection solaire ni la ventilation, appelle l'équipement suivant : une escalade de solutions, pas une solution au problème.

  • La dépendance se paie le pire jour.
    Les jours où la clim devient indispensable sont justement ceux où le réseau est le plus fragile : la canicule de juin l'a rappelé jusque dans ma propre ville, avec une coupure un soir de vigilance rouge. Se rendre dépendant d'un appareil électrique pour survivre aux pics, c'est reporter sa vulnérabilité sur le maillon le plus sollicité - la même logique de dépendance que je décrivais, à une tout autre échelle, dans la série sur Ormuz.

  • Elle évince le reste.
    Une fois la clim posée, la motivation pour l'isolation, les protections solaires, la végétalisation ou la surventilation s'évapore - alors que ce sont elles qui réduisent le besoin de clim.

  • Elle se paie entre voisins.
    Bruit, surtout la nuit, et rejet de chaleur qui monte : la clim des uns rend plus pénibles les nuits fenêtres ouvertes des autres. Un répondant propose d'ailleurs d'en encadrer l'usage, par exemple en le limitant aux canicules. Le confort individuel a des externalités de palier.

  • L'entretien dispersé m'inquiète.
    Les climatiseurs à gaz de moindre effet de serre utilisent en pratique des gaz inflammables ; je ne crois pas à un entretien rigoureux d'appareils éparpillés dans toute une copropriété. Choisir entre chaleur et départ de feu revient à choisir entre deux options inacceptables.

Alors, que faire ?

Une climatisation collective à réglage individuel éviterait plusieurs de ces écueils, au prix d'un chantier autrement ambitieux. Ce n'est pas un rêve d'ingénieur : c'est la logique des réseaux de froid, celle-là même qui se joue en ce moment à l'échelle municipale autour de la géothermie. Entre le split posé en urgence et le réseau de froid, il y a toute une gamme : stores extérieurs, brasseurs plafonniers, VMC, isolation de la toiture et les rafraîchisseurs d’air tels que les puits canadiens, les climatisations collectives et la surventilation nocturne. C'est cette gamme qu'on veut objectiver, option par option, avec des bureaux d'études.

Au passage : la RE2020, ou pourquoi le neuf ne règle pas tout.

Mon immeuble date de 2006. Il a sans doute été conçu sous des réglementations thermiques qui jugeaient le confort d'été sur un indicateur instantané, la TIC (température intérieure conventionnelle) : une photo du logement un jour chaud type, sans durée ni intensité réelles des vagues de chaleur.

La RE2020, applicable aux permis de construire déposés depuis 2022, améliore la situation. Son indicateur, les degrés-heures (DH), est cumulatif : il additionne, heure par heure sur l'année, chaque degré au-dessus du seuil de confort, dans un climat de référence qui intègre une séquence caniculaire calée sur… 2003. Et le calcul refuse de compter sur la clim : entre 350 et 1250 DH, une clim fictive vient pénaliser le bilan énergétique ; au-delà de 1250 DH (environ 25 jours d'inconfort), le bâtiment est non conforme. Du coup, la règle récompense enfin ce que la physique récompense : l'inertie et le déphasage, les protections solaires extérieures, la surventilation nocturne (donc les logements traversants), les brasseurs d'air, la végétalisation des abords. Une vraie avancée.

Deux limites, quand même.
D'abord, c'est un outil de vérification au permis de construire, pas un outil de conception, et encore moins de mesure : la conformité se calcule sur un climat de référence déjà daté (l'étalon 2003), et personne ne vient jamais vérifier la performance une fois le logement habité. On peut donc livrer, aujourd'hui encore, des logements conformes et pourtant pénibles à vivre, voire invivables.
Ensuite, les exigences d'hiver pèsent toujours lourd et créent leurs contradictions : la traversance qui sauve l'été complique la compacité qui protège l'hiver, le balcon qui ombrage en juillet fait pont thermique en janvier.

C'est le problème des cultures de conformité : une obligation de moyens conventionnels, jamais de résultat vécu, dans un cadre donnant des injonctions contradictoires, non hiérarchisées.

Au lieu de se fatiguer à bien faire, on se fatigue à faire comme on nous a dit de faire - sur des règles qui ont toujours un climat de retard. D'où, précisément, l'intérêt de mesurer chez soi : la règle simule, le capteur constate.


5. Le miroir, au bas de l'escalier

La donnée qui m'a le plus marqué n'est pas thermique, elle est sociale.

À la question “seriez-vous favorable à des travaux collectifs”, en explicitant que cela a un coût, 85% répondent oui : 23 foyers clairement, 47 si le rapport coût-bénéfice est démontré (certains vivent une situation si inconfortable à leur domicile qu’ils signent une intention de payer, peu importe le montant !), et tout le monde accepte d'examiner un dossier sérieux.
85% aussi se disent prêts à investir dans leur propre logement si la copropriété encadre et accompagne (prestataires référencés, devis groupés, solutions validées).

Et l'attente numéro un, ce n'est pas l'argent, c'est l'accompagnement.

Deux détails finissent le tableau.

  • D'abord, l'adhésion au collectif est la plus forte chez ceux qui souffrent le plus : 96% des foyers très inconfortables sont favorables aux travaux communs, contre 68% des foyers à l'aise.

  • Ensuite, les 24 foyers qui veulent une clim sont quasi unanimement favorables aux travaux collectifs (23 sur 24).

Demande individuelle et adhésion collective ne s'opposent pas : ce sont les mêmes personnes, qui prennent ce qui existe faute de mieux.

Voilà le piège du miroir du premier volet, vérifié en bas de chez moi. L'étude de Nature Climate Change montrait 89% d'humains favorables à plus d'action climatique, se croyant minoritaires. Dans ma résidence, 85% de soutien au collectif dormaient dans les cages d'escalier, et chacun transpirait dans son coin en se croyant seul. Il a suffi de poser la question pour que la majorité se voie. 84% des répondants ont demandé à suivre la suite sur le canal de discussion de la copro : une fois visible, la coordination s'entretient toute seule.

La suite est lancée : des échanges avec des bureaux d'études pour comparer les options, collectives et individuelles, structurelles et comportementales. Et à la prochaine assemblée générale, vers décembre, le groupe de travail proposera au vote une étude complète, plus des résolutions “premiers pas” à coût collectif nul ou presque tel qu’adapter le règlement de copropriété pour que chacun puisse équiper et adapter son logement dans un cadre commun. Une copropriété vote des budgets tous les ans ; il s'agit juste qu'elle vote aussi, une fois, sur la chaleur.
Une AG extraordinaire pourrait bien décider des travaux d’adaptation à réaliser, dès le printemps prochain.


6. Et nous ?

Reste la brique qui manquait : voir son logement.

On ne pilote pas ce qu'on ne mesure pas, et c'est aussi vrai d'un appartement que d'une trajectoire nationale. J'ai donc construit un petit outil, Thermomatic, que j'ouvre avec cet article : il permet à mes voisins de collecter facilement la température chez eux, de la croiser avec la météo (soleil, vent, température extérieure) et l'état de ses fenêtres et volets, et d'en tirer des choses très concrètes pour tous (quand aérer, quand fermer, ce qui chauffe vraiment, ce que valent les gestes du quotidien dans son propre logement) et des données précieuses pour le bureau d’étude qui nous accompagnera.

C'est la deuxième fois que je réponds à une question par un outil de données, après monparlement.fr pour les votes de nos députés. J'assume la récidive : on ne se coordonne pas sur ce qu'on ne voit pas.

Tout ce que raconte cet article est réplicable. Le questionnaire tient en un formulaire en ligne et une affiche dans les parties communes ; on peut construire un systèmes de capteurs de températures à partir de quelques dizaines d'euros ; l'ordre du jour d'une assemblée générale est à la main de n'importe quel copropriétaire. La série se referme donc là où elle a commencé, sur le même mécanisme du planétaire au palier : le constat est physique, la majorité existe, et ce qui manque le plus souvent, c'est de se voir.

Et il y a mieux que se voir : s'entraider, se coordonner.

  • À mon étage, nous nous coordonnons pour ouvrir nos fenêtres et portes d’entrée de sorte que nous puissions créer une ventilation des parties communes et de facto offrir une ventilation traversante à tous les logements.

  • Dans mon immeuble, des voisins se sont proposés pour faire les courses des plus vulnérables les jours de fournaise.

  • Au même moment, dans la Drôme, pendant qu'un incendie ravage les monts du Diois, des agriculteurs montent leurs citernes de 25 000 litres pour ravitailler les camions de pompiers, un village prépare 838 sandwichs dans la matinée, des kinés et des psys viennent en bénévoles, des agriculteurs luttent contre les feux eux-mêmes, tractopelle et terre comme seuls outils. Même chaleur de l’air, même chaleur humaine, du palier aux massifs forestiers.

On a vu, dans cette série, l'incohérence se décliner à toutes les échelles.
La fraternité, elle, fait pareil : elle est fractale. Et c'est peut-être la plus belle nouvelle.
Si le problème se répète à chaque échelle, la solution aussi.
Elle commence sur notre palier de porte.

Le climat se négocie à Belém et se vote à Bruxelles pour gagner quelques dixièmes de degrés.
Mais il se vit aussi au cinquième étage, portes et fenêtres ouvertes, à une heure du matin. C'est là aussi que la course contre le dérèglement climatique se gagne, degré par degré.

Zone Habitable

Par Matthieu de Cremoux

J'analyse les systèmes qui nous soutiennent.

Citoyen engagé et libre de tout parti politique, j'écris pour décrypter les conditions d'habitabilité du monde : climat, tech et démocratie.

Une approche pour tenter, ensemble, de "partager le réel".

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